De Louis XVII à Louis-Napoléon 1836-1860
Le roi Louis prit conscience dès les débuts de son règne que le pari américain de ses ancêtres, gagnant aux XVIIe et XVIIIe siècle, ne suffirait pas à assurer l’avenir de la France dans ce nouveau siècle de l’industrie. Certes nul n’était en mesure de la concurrencer en Europe mais des géants se levaient à l’Est : le Mogholistan se modernisait à toute allure après avoir uni la totalité de l’Inde et une bonne partie de la Perse. Mais surtout la Chine dans laquelle vivait un tiers de l’humanité, riche d’énormes ressources naturelles et engagée résolument sur la voie du progrès avec les vélléités impérialistes subséquentes. Si on la laissait s’industrialiser elle finirait par déferler sur le monde après l’avoir inondé de ses produits.
Louis XVII hésita longuement sur la conduite à tenir vis-à-vis de ce futur rival. Finalement ce furent des considérations financières qui emportèrent sa décision : le coût du chemin de fer et celui de l’éducation devenue nationale, la maintenance d’une armée moderne, la constitution d’une flotte… la modernité était horriblement chère. Le budget impossible à tenir. Evidemment les années de prospérité précédentes avaient laissé en caisse un confortable matelas de près de deux millions de livres mais il ne durerait pas toujours. Il se résolut finalement à faire donner le canon : la Chine et le Mogholistan paieraient pour le droit à demeurer indépendants. Ils paieraient l’industrialisation et l’éducation du peuple français. Ils paieraient la colonisation continue de l’Amérique du nord et du sud mais aussi celle de l’Afrique, de l’Océanie, du Pacifique, territoires sauvages et riches des ressources naturelles indispensables au développement industriel.
En 1836 il donna l’ordre au général Baraguay, chef de la 2e Armée de Flandre et de ses six divisions d’artillerie, de débarquer en Chine, de s’emparer de la capitale et de forcer son gouvernement à payer de lourdes indemnités de guerre. Cela ne prit que quelques semaines. Baraguay se dirigea alors vers le Mogholistan et répéta l’opération, après que la flotte française eut détruit son homologue moghole. Les deux indemnités cumulées représentaient près de 20000 livres mensuelles, ce qui permit de boucher les trous du budget et de lancer un ambitieux programme de colonisation. Cette double opération serait répétée tous les cinq ans pour apprendre aux asiatiques qui était le maître.
Il accorda la même année tous les droits sociaux auxquels aspirait le peuple : le suffrage universel, le droit de réunions publiques, la fin de la censure de la presse, l’autorisation de tous syndicats et partis politiques. Cette dernière décision devait se révéler délicate à gérer lors de la fin de son règne.
Le succès considérable de la première ligne de chemin de fer Paris-Orléans en 1837 entraîna la construction de lignes sur l’ensemble du pays. Dès 1841 le réseau était complet. La facilité et la rapidité des transports amenèrent à leur tour une augmentation conséquente de la production des usines fleurissant dans toutes les régions. Le roi avait décrété illégale l’exportation de pièces détachées, aussi leur utilisation fut-elle optimisée et les industriels virent grand en prévoyant à l’avance les extensions futures de leurs usines.
La colonisation se poursuivait à marche forcée : toujours plus vers l’ouest en Amérique avec les revendications du Colorado, du Dakota, du Manitoba, de l’Utah. Mais également Sumatra, la Polynésie, la Mélanésie, les îles Salomon, Hawaï, Jilolo, le centre de Madagascar en 1843. 3 ans après ce furent Bornéo, Wake, les îles du Pacifique ouest, Midway, la Micronésie, Kanto, les ilôts d’Hokkaido, ceux de Shikoku mais aussi les terres australiennes du nord et de l’ouest et la Nouvelle-Zélande.
La croissance du royaume était tout aussi rapide sur le plan démographique, les excellentes conditions de travail, la prospérité générale, le plein emploi, favorisant aussi bien l’accroissement naturel qu’une immigration continue. Ainsi entre les recensements de 1836 et celui de 1846 la population passa de 44 à 56 millions.
En cette année 1846 le roi eut l’immense chagrin de perdre son fils unique et héritier, Philippe. Le roi ne se remit pas de cette perte d’un fils qu’il adorait et avait associé depuis des années à son règne. Le désespoir l’affaiblit considérablement et il mourut à la fin de l’année sans avoir réglé sa succession. La tristesse fut considérable dans le pays tant ce souverain jouissait d’une extraordinaire popularité. Son cousin Charles d’Orléans était le suivant sur la liste. Hélas ce dernier imbu de lui-même, borné, incapable, rétrograde, se mit toute l’assemblée et le pays à dos en moins d’un an en tentant un ridicule retour à la monarchie absolue. Le parti républicain de l’assemblée profita de la grave crise politique pour imposer la République et préparer des élections présidentielles. Le chaos allait-il emporter le pays ?
Comme à chaque fois que notre nation est au bord de la destruction un homme providentiel se leva. Comme lors de la crise de 1789 il se nommait Bonaparte. Louis-Napoléon, neveu du grand premier ministre de Louis XVI, duc de Cologne, et époux d’Isabelle, petite-fille de Louis XVII dont il était ministre. Il créa un parti et se présenta aux élections de 1848, les remportant largement. Le plébiscite du 21 novembre 1852 consacre son triomphe avec seulement 3% d’opposants. Ainsi il rétablit la monarchie au profit de son épouse et régna conjointement avec elle au nom de leur fils Eugène-Louis, héritier des Capet et des Bonaparte. Il fit immédiatement interdire le parti républicain.
Il poursuivit la politique de Louis XVII sur tous les plans en lui donnant encore davantage d’extension. Il couvrit les colonies américaines de chemin de fer et améliora ceux de la métropole. Sur le plan diplomatique il obtint une alliance avec le cousin espagnol et avec la puissance montante des USA. Une politique habile d’échanges de technologies contre des revendications coloniales avec la Russie, l’Espagne, le Japon permit au royaume de s’étendre encore : nous atteignîmes la côte Ouest de l’Amérique du Nord, nous emparâmes de toutes les îles libres du Pacifique, de l’Océanie, Bornéo et Sumatra.
Il accueillit également les révoltés des colonies néerlandaises d’Afrique et d’Indonésie, et ceux des colonies espagnoles des Philippines. Enfin, le plus important sans doute, la poursuite du rackett des puissances d’Asie (la Chine étant devenue la 2e puissance du monde) devenant de plus en plus profitable avec leur industrialisation (60000 livres/mois en 1860) il établit un bon salaire minimum pour tous en 1856, puis fit appliquer des règles de sécurité très strictes sur le lieu de travail et créa un système de santé très performant en 1860. Ces réformes entraînèrent un accroissement considérable de la population déjà montée à 81 millions en 1860.