Episode 7 : La réforme
Cour de Clermont 1523 : un ecclésiastique illuminé en finit avec sa diatribe contre Super-Bougnat
- Et c'est au nom de Dieu que je viens ici accuser un larron d'honneur, un pourceau couronné, un suppôt de Sodome, une bête fauve mue uniquement par le rut et le stupre : nommément toi, Super-Bougnat. Je t'accuse devant tous de fornication sacrilège, immonde et réitérée, de forcement impie du pucelage sacré des vierges vouées à Notre Seigneur le Christ Jesus. Je t'accuse de séduction perverse et satanique, suivie d'introduction profonde et totale de ton ignoble organe dans le vase d'élection des épouses élues du Dieu vivant, avec émission et intromission de liqueur spermatique dans lesdits vases d'élection ainsi que de toutes les conséquences abominables qui, de ce fait, s'ensuivent. Je t'accuse d'avoir ignominieusement souillé ce monastère placé sous ta sauvegarde et d'avoir souillé la quasi-totalité des malheureuses qu'il abritait, à commencer par la révérende mère supérieure.
Super-Bougnat s'enfonce un peu plus dans son siège, se savant effectivement coupable des actes de lèse-nonnes répétés qui ont provoqué force tumultes et courroux du côté des provinces teutonnes. L'évèque se tourna alors vers l'endroit par ù il était venu. Il élève sa crosse en un geste impérieux. Apparaît alors une mince forme féminine, entièrement enveloppée dans le manteau monacal, tête basse, le capuchon complètement rabattu devant le visage. Elle avance, courbée sous la honte. Le manteau n'est pas si ample qu'il puisse dissimuler la saillie monstrueuse d'une grossesse bien près de son terme. Une autre silhouette la suit, toute semblebla, image poignante de la maternité dans l'opprobre, puis une autre, puis dix autres. Tous ces ventres ne sont pas également rebondis, mais tous le sont peu ou prou.
Elle défilent à la queue leu leu devant le front des troupes auvergnates puis, sur un signe de l'évêque, se groupent à se droite. Quand la dernière est passée, l'évêque invective Super-Bougnat :
- Voilà. C'est là ton oeuvre. Ces filles sont à jamais damnées. En ce qui concerne leur corps périssable, je dois les chasser du monastère qui devra être purifié et subir une profonde réforme. elles mendieront leur pain le long des routes ou bien prostitueront ce cul maudit que tu leur as si bien appris à prostituer. Quand aux enfant de rapace qui mûrissent dans leurs entrailles, les cochons les dévoreront comme ils ont dévoré les milliers de bâtards que toi et les tiens avez semé dans les ventres germaniques.
L'évêque, de son nom Luther, se tait. Il fixe SB d'un regard hardi. Le plus étonnant est que Super-Bougnat l'ait laissé parler jusqu'au bout. C'est qu'il est dans un jour de joyeuse humeur, Super-Bougnat. Un sourire amusé se joue sur ses lèvres. Il parle enfin :
- En vérité, c'est un dieu bien cruel que ton dieu, Luther. Il exige des hommes qu'ils violentent leur nature. Il n'aime pas l'amour. Il n'aime pas les femmes. Il ne les tolère que vierges frustrées ou mères sacrifiées. Mon dieu, à moi, est un dieu de vie, de désirs, de lutte. D'ailleurs, tes pucelles sacrées n'ont pas été forcées : leurs cris n'étaient certes pas des cris de détresse, je puis te l'assurer ! Allez, rentre en ta province, je te laisse la vie sauve, mais saches que je n'aurais de cesse de vous ramener, toi et tes hérétiques, dans le droit chemin de l'église catholique et de la sainte trinité : la chair, le vice et le sein épris !
Dans l'immédiat, seules trois contrées allemandes se réclamèrent de la réforme, et le pouvoir central clermontois tâcha de les mater en envoyant des missionaires expliquer leur position à ce sujet... Pourtant la révolte religieuse devrait s'étendre rapidement, si l'on en croit les dégâts occasionnés par la libido dévorante de Super-Bougnat dans tous les couvents du pays !
Mais, déjà, un autre fléau menace la pacifique expansion de l'empire Aveyronnais...