Prologue
Nul besoin de le présenter. Celui que le monde entier adule tel un dieu, qui guérit les malades de son haleine chargée, qui rend fertiles les ligaturées et les ablationnés, celui qui préside à nos destinées depuis des siècles sans jamais voir son beau visage bourru et hâbleur se flêtrir par le passage du temps, celui que les jeunes, malgré leur espièglerie, appellent affectueusement "SB", et que les anciens surnomment encore "Général Bougne", bref le seul, l'unique Super-Bougnat est connu de tous. Pourtant, de nombreuses inexactitudes gangrènent encore sa biographie officieuse, des légendes tenaces quoiqu'erronées viennent de-ci de-là s'immiscer dans l'imaginaire collectif. Certains illuminés prétendent qu'il serait fils d'extraterrestres, venu sur terre au quinzième siècle en soucoupe volante afin de façonner le monde à son auguste image pour mieux préparer la venue parmi nouis de ses pairs... D'autres le réduisent à un magnat ultra-capitaliste qui tirerait sa longévité proprement ahurrissante de quelques elixirs aligotés hérités de sa sorcière de génitrice. Et tant d'autres mensonges encore !
C'est pourquoi BougnaTV est heureuse de vous présenter à compter de ce soir, sous la forme d'un feuilleton à épisodes que nous espérant halletant et haut en couleurs (quoique le rouge y occupe une place prépondérante), la biographie officielle de Super-Bougnat, juste après une courte page de publicité.
(s'ensuit un corridor interminable de réclames vantant les produits de la Bougnat Corp., seule entreprise autorisée au Bougnaland, et y possédant à peu près tout y compris l'unique chaine de télévision)
Episode 1 : Messie ? Non ! Mais si...
La scène se déroule en 1419, alors que l'Auvergne, réduite à deux malheureuses provinces courbées sous la tutelle française, doit faire face aux aggressions anglaises et bourguignonnes.
Najac, la seule ville au monde présentant des stries horizontales naturelles
Au plus profond de l'Aveyron, plus exactement au pied de la forteresse de Najac, vit un pauvre paysan, orphelin de naissance et portant le sobriquet de Jean Gratte-cul, du nom commun du cynorrhodon (petit fruit rouge donnant, après fermentation, une sorte de vin cuit abominable) dont Jean, nourrisson abandonné sitôt sorti de la cage à miel de sa mère, s'était exclusivement nourri des jours durant avant que des villageois ne le trouvent et le recueillent en leur chaumière. Jean, qui avait conservé sur la face les stygmates vermillons de son premier régime alimentaire, avait désormais 22 ans. Il vivait seul, reclus avec ses moutons qui lui fournissaient tout à la fois la nourriture, les vêtements et l'affection dont un homme dans la pleine force de l'âge ne peut raisonnablement se passer. Frustre mais vif d'esprit, pataud mais preste si la nécessité l'exigeait, amateur de bonne chair et de bonnes pas chères, bref, bougnat jusqu'au bout du prépuce. Il aurait pu passer sa vie entière là, sans jamais rien connaître du monde alentours ; pourtant le destin de Jean va basculer suite à un évènement extraordinaire, qui fera en partie sa légende. Un après-midi comme les autres, alors qu'il était occupé, avec les moyens dont l'avait doté la nature généreuse, à désengorger une vieille bique souffrant de constipation passagère, une lumière violente et douce à la fois illumina sa grange, suivi de murmures quasi-inaudibles d'abord, puis clairs comme le râle de la bique affairée
- Jean ! Jean Gratte-cul ! appela la voix, impérieuse.
- Voui ??? annona Jean, en faisant sous lui.
- Jean, tu es l'élu ! Le messager de Dieu ! Je t'ai choisi pour mener à bien une mission essentielle pour le bonheur de l'humanité ! Jean, tu vas propager la bonne parole bougnate, ses valeurs, sa gastronomie, sa lourdeur d'esprit ! Va Jean, va trouver ton souverain Georges, et offres-lui tes services afin de faire triompher la culture auvergnate à travers la France et au-delà !
- Hein ? Moi ? Mais...
- Ne t'inquiètes pas Jean, je serai à tes côtés quand tu en auras besoin... Allez va Jean, ou plutôt devrais-je dire... Super-Bougnat !
- Mais euh...
Jean n'eut pas le temps de poser la moindre question, la lumière divine s'évanouissant aussi promptement qu'elle était apparue.
- C'est l'oeuvre du malin, assurément ! marmonna Gratte-cul, encore en état de choc. En rentrant dans sa chaumière pour y trouver un peu de repos, Jean, qui s'était remis avec la promptitude propre aux paysans de bon sens, songea toutefois qu'il lui serait sans doute possible de soutirer quelque argent de cette vision aurpès du comte, dont on disait qu'il fréquentait moults astronomes verreux. Et puis quoi, il était encore puceau, à son âge, alors un séjour dans la grand-ville et ses lieux de débauche ne pourrait lui faire grand mal ! Et puis, après tout, si tout cela était vrai ? Il ne savait pas encore réellement si ce qu'il venait de vivre était dû à un excès de Gentiane ou s'il devait y croire vraiment... Peut-être était-il un authentique messager de Dieu ? Peut-être était-il "Super-Bougnat" ? En tout cas, cela ferait assurément un certain effet auprès des filles de moeurs et de cervelle légères ! C'était décidé, le lendemain, il se mettrait en route. Enfin, pas sans avoir dit au revoir aux moutons...
La bique préférée de Gratte-cul, Mimine, le coeur (et le cul) serrés de voir partir son maître
Episode 2 : La révélation faite au bougnat
Parvenu à Clermont, Gratte-cul réussit à convaincre George de l'emmener sur les champs de bataille, à titre de conseiller. Dieu avait dit vrai : Georges est un sombre couillon de la lune, prêt à croire le premier oracle venu. Les choses s'annonçait difficile : l'armée auvergnate est faible - 9000 hommes tout au plus, la plupart ivres morts - et l'économie tout sauf florissante. Sur les conseils de Gratte-cul, qui dictait ses avis avec l'étrange impression qu'on les lui soufflait, l'armée fut portée à plus de 20000 hommes grâce à deux emprunts, dans un but précis explicité en ces termes par l'apprenti-messie :
- Ecoutes mon Jojo, tu n'as rien à attendre de bon à rester sous le joug français ! Les provinces anglaises sont hors de portée de nos soldats, et nos alliés bourbonnais occupent déjà la Bourgogne. Je te conseille plutôt de quitter cette alliance qui nous spolie et nous humilie et d'attaquer le Limousin, laissé sans défense, ainsi que le Berry.
- Mais c'est une trahison !
- Bah oui tête d'oeuf, t'as pas remarqué que l'Auvergne n'est pour l'heure qu'une contrée minable et qu'à armes égales, jamais nous n'apporteront la fierté à notre peuple ?
- Ah oui, pas con !
Ainsi fut fait. Les troupes du Bourbonnais laissaient leur territoire passer sous notre domination sans oser quitter la Bourgogne avant d'en avoir tirer un bon prix. La providence, ou quelque intervention du très-haut, fit du Français un suzerain zélé, qui offrit de sa poche, en échange de la libération du Berry, la Guyenne et le Languedoc ! Avec le Limousin, l'Auvergne pouvait dès 1421 s'ennorgeuillir d'une position privilégiée.
- Tu disais donc vrai Gratte-cul ! Tu es l'envoyé de Dieu sur terre ! Tu es... Super-Bougnat !
- T'as tout compris ma couille, répondit SB, désormais à hue et à dia avec son souverain qu'il manipulait selon son bon vouloir. Je ne sais pas exactement comment ni pourquoi, mais je crois que je suis un putain de messie ! Zou, je vais me tailler une belle cape noire, ça m'amincira et renforcera mon prestige. Pendant ce temps, prenez garde à la réplique de Charles VI... Et souvenez-vous : nous devons étendre la culture bougnat le plus loin possible, ce qui implique de renforcer notre économie partout en Europe. Tiens, et si on implantait des troquets un peu partout ?