Rio Grande do Sul, 30 Juin, 14h20
Réunion de travail à la résidence « Cabral »
Korto entra doucement dans la pièce, le battant d’une des fenêtres faisait entrer un air doux et frais. Au centre de celle-ci Falco Neira dégustait un café en y trempant délicatement des morceaux de biscuits, les jambes croisées il invita son hôte à s’asseoir.
Korto pris le siège qu’il avait l’habitude d’occuper pendant les longues réunions de travail.
"Je commence à penser mon cher Neira que ces rencontres deviennent une routine"
"Et pourquoi pas ? Cela nous éviterait des heures au milieu de ces diplomates "
Petits rires ironiques des deux intéressés.
"Prenez un biscuit Mr Korto "
"Je vois que n’êtes pas affecté par le rationnement"
"Pourquoi ? Vous l’êtes ?"
Rires
Mr Neira crispa ses sourcils tout en passant délicatement une note à Mr Korto
"Le président Vargas souhaite un rapport sur la situation européenne."
Korto déplia le document, puis un instant plus tard commença :
"La situation de la Finlande est regrettable mais prévisible. S’attaquer à l’union soviétique revenait à mettre fin à son indépendance, ce qui est arrivé était inévitable… "
Silence
Il continua :
"Quant à Paris, la situation n’est pas plus différente, les allemands après avoir envahit complètement les Pays-Bas et la Belgique viennent de prendre la capitale française, le gouvernement est esseulé et se réfugie à Bordeaux. Pour moi la fin est proche, ce n’est qu’une question de semaines "
"Croyez vous que la guerre va cesser ?"
"J’en suis convaincu, les allemands vont la gagner d’ici peu. Les britanniques sont à présent seuls face à toute l’Europe. Pour être clair deux groupes se partagent le vieux continent : le Komitern, l’union soviétique qui possède la Finlande et un morceau de la Pologne et d’ici peu j’en suis presque sur, la Suède. De l’autre coté, l’Axe, où la grande alliance des peuples centraux. Avec la chute des états maritimes de l’Ouest la résistance vient d’être brisée. Le Portugal et l’Espagne peuvent basculer à tout moment du coté central et la Yougoslavie va bientôt comme la Grèce être la proie des italiens ou des allemands. Regardons les choses en face, le Reich va bien durer 1000 ans… "
Falco Neira toussota, il nota quelques morts sur son calepin tout en murmurant des affirmations.
"Depuis le pacte Molotov-Ribentropp la situation est de plus en plus stable"
"Croyez vous vraiment Mr Korto que cette alliance va durer ?"
"Idéologiquement parlant elle est caduque depuis sa signature, mais si Staline et Hitler considèrent l’intérêt politique d’une telle entente elle peut durer très longtemps, en tout cas suffisamment pour mettre à genou l’Angleterre. Je ne vous rappelle pas qu’une telle alliance intimidera les américains d’intervenir, ce qui dit en passant, ne semble pas près d’arriver. "
"Bien, bien "
Les deux hommes restèrent face à face, buvant et grignotant les mets sur la table. Mr Korto attendit que son interlocuteur eut finit son bretzel pour prendre la parole :
"L’on m’a dit que vous étiez à Buenos Aires la semaine passée."
"Ne m’en parlez pas. Une véritable expédition. "
"L’affaire des Tupis ?"
"C’est exact"
"Dites m’en plus"
"Si vous insistez, l’amiral Mujikão est venu me voir il y a une quinzaine de jours à propos d’une opération de reconnaissance secrète sur les cotes péruviennes. Je n’en étais moi-même pas informé, cet ordre viendrait d’en haut....
L’amiral était très nerveux, l’opération avait rapporté des informations intéressantes mais les sous-marins étaient soit endommagés soit à cours de carburant. Il avait d’ailleurs reçut un message de l’un deux l’informant de sa situation. Vous auriez du voir son visage, il était blanc comme le lin.
Il m’a supplié pendant plusieurs heures d’intervenir auprès des généraux argentins pour qu’ils daignent réapprovisionner les tupis dans une base australe de terre de feu."
"Et le Chili ?"
"Il n’en était pas question mon ami.
Je suis donc parti avec une petite délégation de camarades à Buenos Aires pour convaincre le gouvernement. Cela n’a pas été facile mais à coups d’arrangements financiers et sous la condition formelle de ne pas révéler cette opération, les généraux ont tout même accepté de fournir un abris aux sous marins "
"Quelle histoire ! Il y en avait trois n’est ce pas ? Quand vont-ils revenir ?"
"Oui, au départ nous en avions même perdu un, mais ils sont tous aujourd’hui dans cette base, leur retour est prévu dans l’anonymat le 8 du mois prochain."
"Et tout cela a été fait sans l’aval de Fernandes ni de Vargas "
"Pensiez vous, le président est à présent au courant mais le ministre reste encore écarté de l’affaire. De toute façon il est étrange ces temps ci. On le voit nerveux et indécis, il remet souvent en question notre plan d’invasion et critique quelque fois même la politique du ministre de la santé. "
"Je vois, le ministre n’a peut être plus sa place… Quoi qu’il en soit il faut réveiller ce gouvernement. Pardonnez moi Mr le sous secrétaire… Cela n’est pas à propos "
Silence
"Et Mujikão qu’allez vous en faire ? "
"Il va avoir des problèmes c’est sur, malgré la sortie de deux nouveaux sous-marins classe F1, qui d’ailleurs sont selon le capitaine Cufinnho des pales copies des U-Boat allemands de 1920. C’est vous dire à quel point l’amiral est dans de mauvaises mains."
Rires
ironiquement:
"Espionnage en plus, notre pays n’a pas besoin de ça."
Korto se leva, suivit de son hôte, ils se serrèrent la main
"Je vous remercie Mr Neira, je suppose que vous n’avez plus besoin de moi, cependant permettez moi de revenir la semaine prochaine pour vous entretenir d’un sujet qui vous intéressera j’en suis sur. "
"Les affaires européennes sont elles si urgentes ? "
"Ho non Mr Neira, il ne s’agit plus de cela. "