Originally posted by Foulque Nerra
Les questions que je me pose :
- En quoi historiquement le mercantilisme à pu favoriser la production de manufacture ?
Et inversement, en quoi le libre échange est-il un frain à ce type d'entreprise ?
Que le mercantilisme/L.Ech joue sur les gains obtenu des manufactures, je veux bien, mais la création ?
Si je me souviens bien, en France, le début des manufactures, c'est Colbert ! Donc, une epoque où le commerce n'était pas très libéralisé !
L'explosion des manufactures en GB correspond approximativement à l'ere Napoléonienne, dans un des pays le plus avancé et le plus libéral en commerce !
Donc, ce ne me semble pas un facteur déterminant, non ?
C'est surtout une simplification du jeu de "protectionisme" vs "libéralisme économique", compris selon des connotations presque contemporaines.
Le mercantilisme, qui n'a jamais vraiment été exprimé comme doctrine cohérente et programme économique, visait surtout à préserver à l'intérieur du royaume la plus grande quantité de métaux précieux. Il s'agissait donc d'avoir la balance commerciale la plus positive possible, et pour cela, on devait dépendre le moins possible de l'étranger. D'où les intérêts de stimuler la production domestique, soit par la subvention directe à des établissement précis (les manufactures souvent étudiées), par différents règlement protectionnistes, par l'attribution de monopoles plus ou moins soigneusement choisis, et par diverses restrictions sur le commerce étranger (aux colonies, par exemple: l'Exclusif). Cela s'accompagnait d'un désir de préserver la qualité des produits exportés, qui assurait selon plusieurs, la réputation de la production nationale et donc, soutenait la demande.
Il faut aussi souligner que l'ampleur de la demande royale pour divers biens, notamment ceux qui concernent la guerre et la marine, ont un effet "structurant" sur des activités, en forçant le regroupement de marchands ou un appel de capitaux élevés. Les créations sont souvent alors protégés par des édits, des ordonnances qui attribuent encore une fois des monopoles (Babaud de la Chaussade en Nivernais, Diedrich en Alsace, le Prince de Condé dans le Nord-Est).
Au contraire, on a souvent avancé que l'allègement de la réglementation avait permis la production de biens de moindre qualité, destinés à des marchés populaires. La multiplication des manufactures, en Angleterre, selon ce que j'en ai lu, s'explique peut-être moins par un libre-échange extérieur (les Actes de Navigation sont expressément dirigés contre les Hollandais), mais par le désir de créer un marché intérieur unifié important, et facilement accessible (le contraire de la France).
Par contre, un argument plus contemporain veut que le libre-échange, pour les pays qui n'ont pas connu d'épisode protectionniste antérieur visant à la consolidation d'une industrie nationale appuyée sur le marché intérieur soit presque intenable. D'autres, plus versés en économie actuelle, pourront peut-être élaborer là-dessus - mais il me semble que le contrepoids à cet argument tenait, jusqu'à tout récemment, à la performance des "Dragons asiatiques".
L'"explosion des manufactures" en Angleterre durant la période napoléonienne tient davantage à la révolution industrielle en marche, et qui se nourrit presque d'elle-même, plutôt que d'une politique mercantiliste. La capacité manufacturière existait auparavant, cependant, pour des raisons proches du protectionisme.
Au contraire, en France, il me semble difficile de parler d'une "explosion" de la création de manufacture sous Colbert et après, même s'il y a une croissance économique soutenue, particulièrement au XVIIIe siècle.
Je trouve l'association libéralisme = plus de colons extrêmement douteuse, puisqu'en France, par exemple, c'est le mercantilisme qui pousse à l'exploitation des domaines extérieurs, qui permettent justement de se passer de la dépendance étrangère. Le cas du tabac, presque entièrement venu de Virginie, incite justement la reprise de la Louisiane par le roi, par exemple. Et franchement, le libre-échange ne m'apparaît pas vraiment avoir de lien avec la présence d'individus prêts à quitter leurs pays pour les colonies. C'est une vieille rengaine chez moi, mais je trouve qu'il serait intéressant de lier la présence de colons à certaines crises économiques ou religieuses que traverse l'État et qui pousse à aller chercher une meilleure vie ailleurs. Ou que les colonies génèrent d'elles-mêmes une demande de colons selon la ressource exploitée (selon les besoins de main d'oeuvre, par exemple).