Plage 6 : How soon is now ?
Pour fêter cette nouvelle ère du grand bond en avant technologique, Gatsi donna un grand dîner en son palais. Ce dîner allait changer le destin du Monomotapa pour un bon moment. En effet, à cette époque, les révoltes se faisaient quasi inexistantes, tout le monde se tenait à carreau, bref, impossible de trouver de la bonne bidoche. Les cuisiniers royaux avaient été obligés de se contenter de mettre un crocodile à la broche. Gatsi trouva cela parfaitement infect. Il s’enquit aussitôt de la raison d’une telle fadeur.
- C’est le crocodile qui veut ça, votre majesté, vous savez, ces bêtes là, ça vit dans de l’eau croupie, ça mange de la viande qui a pourri pendant des mois au fond d’une rivière.. Alors du coup c’est un peu fade
- Mais enfin, n’y aurait-il pas moyen de relever un peu ce met ?
- Si, bien sûr, il suffit de mettre des épices !
- Pourquoi, alors, n’en as-tu point mis ?
- Votre Grandeur, les épices coûtent fort cher, et depuis que vous avez décidés de réduire les frais de bouche, nous ne pouvons plus en acheter à Zanzibar.. c’est pas comme les Zanjs, là-bas ça pousse sur les arbres, ils n’ont qu’à se servir..
Gatsi prit immédiatement la décision d’aller se servir lui-même chez les Zanjs, sans leur demander leur avis. Par contre, il ne ferait pas comme ces abrutis de français, il n’allait pas prendre cette guerre à la légère. Il s’agissait de bien la préparer. Aussi eznvoya-t-il un éclaireur au large des côtes du Zanj, histoire d’estimer les forces ennemies. Celui-ci revint avec un rapport mitigé.
« En gros, ils n’ont que de faibles troupes sur le territoire. Par contre, leurs forteresses sont aussi puissantes que les nôtres, et surtout ils ont une flotte de neuf navires. Me demandez pas si c’est des navires de guerre ou pas, j’ai pas bien eu le temps de voir ».
C’était assez embêtant, cette flotte. Parce que, pour pouvoir débarquer tranquillement, il fallait être sûr que ces neuf navires ne viendrait pas l’embêter. Donc, construire autant de navires de guerre, soit neuf. Là est le problème principal : ça coutait très cher (140 ducats l’unité) alors que les revenus annuels culminaient à 80 ducats. Hum, il y avait bien la possibilité de verser tous les revenus mensuels dans le trésor, mais ça allait pas améliorer l’inflation, et puis, hypothéquer l’avancée déjà pas brillante de la recherche pour aller mater trois sauvages, fallait pas pousser. Décision fut prise de consacrer uniquement les revenus annuels à cette future expédition, et pour les revenus mensuels, ben, tout dans la recherche militaire. Le reste, on verra plus tard. Enfin, ça allait pas être de la tarte, cette histoire. Heureusement que 40 canons étaient tombés du ciel..
Trente ans plus tard, l’armée était fin prête. Bien sûr, Gatsi n’était plus là pour voir ça, mais ses successeurs voulaient lui rendre hommage. Le 2 août 1639, une armée forte de 30000 hommes embarquaient près du Zambèze, à bord d’une flotte de 9 navires de guerre et deux fois plus de galères.
En tous cas, elle avait intérêt à réussir cette mission. Parce que pendant ces trente années, le temps a passé très, très lentement. Les habitants n’en pouvaient plus d’attendre, ce fut une période éprouvante pour les nerfs de tout le monde. Oh, il y eu bien quelques distractions, quelques motifs de réconfort, comme la création miraculeuse d’une fabrique d’armes justement dans la province du Bushman (qui produisait du cuivre, comme ça tombait bien). Ca permettait d’accélérer la recherche militaire. Deux explorateurs sont venus se mettre au service de la Nation, mais leurs navires furent réquisitionnés pour servir la marine. Ce n’était définitivement plus le temps d’explorer dans les coins. A peine est-on allé voir un peu au nord du pays Zanj. Et, histoire de faire paraître le temps encore plus long, juste pour retarder l’expédition, ces imbéciles de paysans de Rozwi se révoltèrent. Des troupes levées en hâte mirent quand même trois ans pour les défaire et reprendre la ville. Non, décidemment, on avait trop attendu, tout le monde s’emmerdait, il était temps de passer à l’action. Les Zanjs n’avaient qu’à bien se tenir, on allait les piler, c’était sûr.
Finalement, en décembre 1639, l’avant-garde de la troupe (11000 hommes, tout de même) débarquait et combattait à Rufij, la capitale. Ce fut une défaite, mais lorsque le gros de la troupe arriva quelques jours plus tard, elle écrasa facilement une troupe déjà fatiguée. C’était bien parti.
Finalement, les deux corps d’armée se retrouvèrent devant les murailles de la ville. Sa prise était essentielle, car elle permettrait de dérober les cartes ennemies et prendre un avantage décisif dans la victoire finale. Car pour l’instant, les troupes Zanjs se terraient dans l’arrière pays, en un endroit inconnu du Monomotapa. Heureusement, le siège se passait bien, les troupes étant régulièrement relayées par des troupes fraiches venues du Zambèze. Les contre-attaques étaient nombreuses, mais trop timides pour inquiéter les guerriers assaillants. Bientôt, la fière capitale n’avait plus que trois mois de vivres, et sa prise était inéluctable.
C’est malheureusement le moment que choisirent les chefs Zanjs pour lancer toutes leurs forces dans une énième contre-attaque. Le moment était particulièrement bien choisi, car les combattants du Monomotapa étaient affaiblis par ce long siège, et la navette apportant la relève venait juste de partir de Zambèze. Finalement elle arriva trop tard, et le siège dû être levé en décembre 1640.
S’ensuit alors une longue guerre d’usure sur le territoire Zanj. Les armées du Monomotapa parvenaient à remporter la plupart des batailles, mais en sortaient exsangues. De plus la navette ne suffisait plus à combler les pertes et l’afflux de plus en plus nombreux des soldats défendant leur patrie (comme c’est beau). Vint le moment où il fallu se rendre à l’évidence : la roue avait définitivement tournée, et il ne serait pas possible de reprendre l’avantage. L’armée, complètement démobilisée, errait entre deux territoires, deux armées se renvoyant les quelques survivants. Finalement, quand il apparu clair aux yeux de tout le monde qu’il serait impossible de gagner cette guerre, Mavura (le roi de l’époque) choisi de limiter les dégats en tirant parti de ses nombreuses victoires passées. N’empêche que se faire chier pendant 30 ans, tous ça pour récupérer 175 malheureux ducats, c’était assez cher payé. Un nouveau changement dans la politique du Monomotapa était à prévoir après ça.. Parce que c'était pas tout ça, mais il y avait des révoltes à mater.
Non, il n'y avait pas à dire, cet épisode absolument honteux de l'histoire du Monomotapa était à oublier au plus vite (tout de même, c'était rudement inquiétant..)