Captain Frakas said:
1. Tout pays est artificiel, et le fait d'affirmer l'indivisibilité de la nation n'est pas nationaliste, là où au contraire, le fait de vouloir faire cessession ou d'acceder a une plus grande autonomie est du nationalisme à mon sens.
Je m'embête toujours dans vos définitions de «nationalisme» vs «patriotisme», et je pense que la distinction est souvent, elle aussi, artificielle.
Ça ne sera pas étonnant si je dis que je suis en désaccord avec ce qui précède mais j'aimerais que, si la discussion doit *encore* dévier là-dessus, qu'on essaie de s'extirper du contexte franco-français, parce que les imputations «nationalisme-sécessionisme-FN-Vlaams Blok-raciste», ne s'appliquent sûrement ni partout, ni même à plusieurs «nationalistes» régionaux de France ou de Belgique.
Si tous les pays sont artificiels et construits sur des mythes variés, on peut néanmoins reconnaître, il me semble, la plus ou moins grande part de la force, de la coercion ou de l'adhésion théorique à une idée ou l'autre. Affirmer que la nation est indivisible ou divisible n'est pas la question: par définition, la Nation, surtout définie à la Française, n'admet pas de sous-division à l'intérieur d'elle-même. On peut se refuser à l'appellation de «nationalisme», mais le fait est que cette définition même est difficilement séparable de l'idée de l'identité française «idéale», ce qui fait que toute identité qui voudrait la remettre en cause est forcément définie comme exogène ou dangereuse. Après, la partie est facile de la replier sur l'égoïsme alors que l'idée de Nation se veut si généreuse et englobante...
Ensuite, ce genre d'affirmation ne se comprend pas davantage hors de contexte historiques particulier. Je doute que des gens soutiendraient vraiment qu'une proclamation comme «Le Grand Reich est indivisible», avec rattachement de l'Alsace à la clef, est aussi légitime que celle de la France. Idem pour l'Irlande, par exemple. Ce qui rend les particularismes français aussi peu acceptable, pour beaucoup, c'est l'ancienneté du «fait accompli». Ce qui rend le nationalisme flammand plus concevable, pour beaucoup, c'est le caractère récent, et perçu comme artificiel de la Belgique, surtout après la baisse d'importance de la religion.
Si les sentiments nationaux sont aussi artificiels (mais là, il me semble que c'est beaucoup moins sûr), rien n'autorise à vouloir les gommer de grandes déclarations théoriques. Le fait est là: c'est une stratégie éprouvée que de nier à l'aide du langage leur existence, mais il y a des sentiments d'appartenance qui différent, qui se nourrissent à des histoires et des mythes différents. On peut certes trouver certains de ces mythes désagréables, mais il faut se souvenir que ces mythes sont nombreux et la puissance de ces identités tient justement au fait qu'on y trouve à boire et à manger. Si, parfois, les théories particularistes semblent plus repliées sur elles-mêmes que le généreux universalisme, il me semble aussi qu'il faille comparer à quel point aussi, la réalité diffère des idéaux-types.