Originally posted by P. Alavares Cab
autre chose, je ne vois pas de pirate en mediteranéé, est ce que Oexmelin peut me donner un debut de reponse....
Merich
Y'a qu'à demander...
Il peut en effet paraître assez bizarre de ne pas voir de pirates en Méditerranée, d'autant plus que, pendant fort longtemps, ce sont les pirates méditerranéens qui ont incarné l'image-type du pirate, alors qu'aujourd'hui, si l'on mentionne le mot "pirate", on imagine tous une espèce de Long John Silver, dans les Caraïbes, avec une jambe de bois et un perroquet sur l'épaule (ou alors, on peut se représenter Albator, cela dépend de la sensibilité de chacun...). Ne prenons pour exemple que les pièces de Molière: dans L'Avare, Mariane (Acte V, Scène V) raconte qu'après un naufrage au large de Naples, elle est recueillie par des corsaires et forcée à dix ans d'esclavage. Ou encore, dans les Fourberies de Scapin, alors que Scapin fait croire à Géronte que son fils, montant sur une galère, est dirigé vers Alger où il y sera vendu (c'est le fameux "mais que diable allait-il faire, dans cette galère !").
La question est de savoir s'il y a bien eu des pirates en Méditerranée, ou s'il ne s'agit pas plutôt de corsaires... La course barbaresque - puisque c'est d'elle qu'il s'agit - est un problème intéressant. Elle cherche à s'approvisionner en esclaves, mais, graduellement, les autorités des Régences d'Alger et de Tripoli alourdissent leur contrôle sur la course barbaresque, si bien que la flotte de la Régence d'Alger se confond avec la flotte corsaire... Il y a également une contre-course chrétienne: c'est celle entreprise par les Chevaliers de Malte, dont l'organisation est quasi symétrique à celle des États Barbaresques. Au total, pour le début du XVIIe siècle, Michel Fontenay estime que la course rapporte 350 000 piastres à Alger, 100 000 à Tunis et 80 000 à Tripoli.
Je crois donc que EU ne simule pas de pirates - ou si peu - en Méditerranée parce que le gros de l'activité "corsaire" dépend d'États qui sont représentés dans le jeu: Alger, Tripoli, les Chevaliers. Bien entendu, il y a déjà eu des pirates - des vrais - en Méditerranée: je crois bien que cela est représenté dans le jeu (j'ai déjà vu des pirates croiser dans l'Adriatique). Mais, comme dans le jeu, la multiplication des flottes royales dans les eaux méditerranéennes verra le déclin de ces forbans, pour aboutir aux nombreux bombardements d'Alger (même les États-Unis y enverront leur flotte !) et l'élimination de la course barbaresque.
(J'ignore ce qu'est un DESS, mais je termine ma maîtrise sur l'histoire maritime et coloniale française, ce qui explique mon intérêt pour ces sujets)
Au plaisir,
Alexandre Dubé
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Le pirate baigne dans une clarté insolite, d'aube et de nuit en même temps. Elle ne prend pas sa source dans l'histoire, même si elle en balaie toutes les plages. Elle renvoie plutôt à ces lumières rêveuses que découvrait Hérodote quand il s'enfonçait dans l'Asie. Ce n'était plus la clarté sèche, nue et bleue que répandait la Grèce, la clarté des épures et de l'histoire. C'était la lueur incertaine et glissante qui nimbe les territoires du mythe. Cette lueur ordonne la poésie des bateaux perdus.
Gilles Lapouge, Les Pirates