127. Il est bien connu que les civilisations passées ont disparu à la suite d’un conflit militaire, d’une invasion ou d’une domination étrangère. Un réexamen de l’histoire et de la préhistoire humaines d’un point de vue écologique révèle certains processus de dégradation de l’environnement provoquée par l’homme. Ainsi, les chasseurs-cueilleurs du paléolithique ont peut-être causé l’extinction locale d’espèces majeures et contribué à l’extinction totale de certaines espèces. Assurément, les civilisations néolithiques, antiques et médiévales peuvent avoir causé une érosion, une déforestation, une salinisation des terres arables et une désertification semblables, mais à une plus petite échelle, à celles créées par les pratiques agricoles modernes. Les récents progrès des techniques de reconstruction historique ont donné d’amples preuves de la façon dont les civilisations antiques se sont effondrées du fait de pratiques économiques et environnementales non viables. Le rapport «Ressources mondiales 2000-2001» fournit un certain nombre d’exemples historiques de la bonne et de la mauvaise utilisation des écosystèmes. Il explique comment les provinces d’Afrique du Nord de l’empire romain (50 av. J.C. – 450 ap. J.C.), jadis des greniers à blé hautement productifs, ont vu leur production décliner progressivement à mesure que les quantités de céréales exigées par les Romains poussaient la culture sur des terres marginales sujettes à l’érosion. Dans son livre intitulé «God’s Last Offer: Negotiating for a Sustainable Future», Ed Ayres donne les exemples documentés suivants :
a) Les civilisations de l’ancienne Sumer ont prospéré pendant plus de deux millénaires, au cours desquels huit des premières villes du monde se sont élevées dans la région qui s’appelle aujourd’hui l’Iraq. Vers le troisième millénaire avant notre ère, la population de la ville d’Uruk, comptant quelque 50 000 habitants, a mis au point un système d’irrigation intensive puisant dans le Tigre et l’Euphrate. Mais le climat brûlant a entraîné une évaporation intense, provoquant une salinisation générale du sol. Vers 1700 av. J.C., les Sumériens ne pouvaient plus se nourrir et ont été victimes d’une invasion. La civilisation s’est effondrée et huit villes sont retournées en poussière. Des facteurs similaires expliquent peut-être la disparition vers 1750 av. J.C. des civilisations d’Harappa, apparues vers 2300 av. J.C. sur les bords de l’Indus dans la région qui est maintenant le Pakistan;
b) La société de la vallée de Tehuacan est apparue il y a 7 000 ans dans le centre-sud de ce qui est le Mexique moderne. Elle a été l’une des premières sociétés néolithiques à passer de la chasse à l’agriculture. Vers 2000 av. J.C., ses cultures étaient à 50 % tributaires de l’irrigation, et vers 1000 av. J.C., elles l’étaient à environ 80 %. Ce qui est arrivé exactement à la société agricole sophistiquée des Tehuacanos n’est pas connu avec certitude. Mais ce que l’on sait, c’est que quelques siècles plus tard, les rendements de leurs cultures ont diminué considérablement et leur civilisation s’est éteinte;
c) La déforestation est peut-être la principale raison de la disparition de la civilisation Maya après trois millénaires de prospérité dans des parties de ce qui est aujourd’hui le sud du Mexique et l’Amérique centrale;
d) Il est également très probable que lorsque la population des îles de Pâques a dépassé la capacité naturelle de celles-ci, leur civilisation s’est écroulée, après mille ans de prospérité.
128. Un réexamen de l’histoire humaine révèle aussi l’existence d’une éthique de l’environnement culturellement intégrée qui a servi à minimiser l’impact des activités humaines sur l’environnement. L’origine même de la conservation de l’environnement et de l’utilisation soutenable des ressources biologiques se trouve dans les anciennes cultures existant dans le monde entier et en particulier dans celles des peuples autochtones, et des communautés locales et traditionnelles.