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Joukov6

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:rofl:

Génial Hildo, exactement ce que j'imaginais. :D :cool: :)
 

hildoceras

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Chapitre 7 – Moscou, avril 1936

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La réception en l’honneur de l’anniversaire du Divin Empereur battait son plein. Des uniformes chamarrés le disputaient en éclat à des parures éclatantes comme autant d’orchidées tropicales.
Le tumulte était à son comble, le ton des conversations élevé, un peu forcé. Vladimir Polakov se rendit compte que son verre était à nouveau vide. Il tourna la tête à gauche et à droite pour trouver une de ces geishas qui semblaient le fuir depuis qu’il avait tenté de pincer le postérieur de l’une d’elles peu de temps auparavant. « Bah, c’était juste pour tâter la marchandise, on n’est jamais trop vieux pour gouter des choses nouvelles » pensa-t-il. La serveuse japonaise en kimono chamarré l’avait esquivé avec souplesse et avait disparu dans la foule de même que ses collègues.
Vladimir se dirigea d’un pas lourd vers le buffet principal, se frayant un chemin des épaules au travers de la cohue.

« Touchez pas à ce truc là, c’est dégueu. »
La personne interpelée, un jeune individu en costume sombre et col blanc amidonné façon étudiant, se tourna vers Vladimir, l’air interrogatif et la main encore tendue au dessus d’un plateau artistiquement décoré de petits paquets sombres.
« Ouais, y a une espèce de feuille noire sans goût et dedans du riz et un truc gluant qui pue le poisson. »
« C’en est peut-être… » répondit le jeune homme.
« Naan, le poisson c’est cuit et ce truc est cru. Y a des blinis et du caviar plus loin sur la table. Mais c’est salé et ça donne soif. Hé, toi là ! » dit Vladimir en appelant un serveur « Y en a saké ? Saké pour boire » mima-t-il en faisant signe avec sa main. En se tournant vers le jeune homme, il dit « Le saké, c’est ça qu’est bon. Compris ? Saké, ça qu’est ? Hé hé hé ».
Le jeune homme paru gêné mais dit « Oui, effectivement très drôle. Slobodan Nemevic, je suis de la délégation du parti communiste yougoslave, et vous êtes… ? »
« Euh, oh ! Vladimir Polakov ! »
Vladimir posa son verre et secoua des deux mains la main de Slobodan. « Ravi de faire votre connaissance. Je suis un exilé politique polonais. Enfin soviétique mais je me sens toujours polonais au fond de l’âme. Du parti communiste aussi, bien sûr. »
« Ah, votre délégation a été invitée aussi ? »
« Oh, non, je me suis invité, c’est l’occasion de manger et boire pour pas un kopeck, pas vrai ? »
« Oui, oui, certainement. Pour ma part j’espérais voir quelques officiels soviétiques, pour faire avancer les choses pour notre délégation mais ils sont peu nombreux. »
« Ben oui, déjà faut voir qu’à l’entrée de l’ambassade les jaunes vous font saluer le portrait de leur tyran, ensuite y a que des militaires ou presque. »


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« Pourtant l’Union Soviétique semble entretenir des relations privilégiées avec le Japon. »
Geste à l'appui de ses propos, Vladimir répliqua : « Ouais, mais faut pas se leurrer, c’est tout impérialistes et compagnie. Dès qu’ils se tourneront on les enc… ».
« OUI, certainement ! » interrompit le yougoslave regardant affolé autour de lui si on les écoutait. « … Mais tout de même, le commerce bat son plein. Les produits japonais abondent dans les magasins d’Etat, tandis que je crois que des trains entiers de minerai circulent en Sibérie vers le Manchoukouo. »
« Et alors ? Ce qui compte c’est qu’on étende la Révolution, non ? On les amadoue. C’est la vaseline, c’est tout. Et quand ils se retournent… »
« Oui, oui, je crois avoir compris l’idée. »
Cherchant quoi dire, Slobodan demanda « Vous avez visité le jardin ? »
« Oui, bizarre truc, sont pas comme nous ces jaunes, un jardin avec des rochers dedans… »
« Oh, vous savez, les rochers de l’ambassadeur du Japon sont fameux… ».


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Un silence s’instaura que Vladimir combla en avalant cul sec encore deux petits verres de saké. Slobodan lui se demandait comment se séparer de son voisin discrètement mais poliment.
« Oh, je vois une délégation occidentale, sûrement un parti frère, je vais leur présenter mes respects. »
« Alors là, mon p'tit pote, vaudrait mieux pas ! »
« Pourquoi donc ? »
« Ce sont des diplomates canadiens. Non seulement c'est les pires capitalistes qui soient, carrément le quarante-neuvième état américain, mais en plus ils sont à couteaux tirés avec l’URSS et tout ce qui est communiste. »
« Oh, l’affaire d’espionnage du chantier naval de Vancouver ? Mais c’est un montage des services secrets américains ! »
« Ouais, et les plans qu’on a trouvé chez l’Ukrainien Platov ont été posés là par les trotskistes, c’est évident, mais en attendant les canadiens pensent que c’est nous, enfin nous, nous les soviétiques. Alors avec votre belle gueule enfarinée, sauf votre respect, ce serait mettre les pieds dans le plat. Par contre si vous voulez faire avancer la Révolution, y a là bas deux secrétaires de l’ambassade de Pologne qu’il faudrait convertir à vérité du Communisme. On va aller leur ouvrir les yeux et puis d’autres choses aussi ! »
Vladimir agrippa le bras de Slobodan et s’en servant autant d’un stabilisateur que d’un bélier, il fendit la foule aux cris de « Pour l’essor du Communisme dans le monde ! Pour la fraternité des peuples ! EN AVANT POUR LA POLOGNE ! Et pis la Gouyoslavie aussi ! »



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Mauclerc

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hildoceras said:
« Oui, bizarre truc, sont pas comme nous ces jaunes, un jardin avec des rochers dedans… »
« Oh, vous savez, les rochers de l’ambassadeur du Japon sont fameux… ».


Complètement téléphonée, mais elle me fait bien marrer celle-là... :rofl:
 

hildoceras

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Chapitre 8 – Moscou, juillet 1936


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L’immeuble miteux de la périphérie de Moscou était encore plongé dans le sommeil. En profitant de la faible lueur de l’aube provenant d’un vasistas sous le toit, le commissaire du peuple Tamerlanov fit signe à l’un des miliciens. Celui-ci prit un peu d’élan dans le hall exigu et défonça la faible serrure d’un coup de botte ferrée et la porte battit contre le mur. Aussitôt deux de ses collègues bondirent dans l’appartement en gueulant et l’arme au poing.
« Commissariat du peuple à l’Intérieur, on ne bouge plus ! »
Tamerlanov secoua la tête, déplorant les méthodes inspirées des westerns américains, prit le temps d’allumer les ampoules électriques et entra dans la chambre à coucher. Les yeux écarquillés, un quadragénaire presque chauve en pyjama à rayures et une femme plus jeune serrant les draps contre sa poitrine regardaient tour à tour les quatre armes pointées sur eux par autant de brutes aux faciès simiesques.

Tamerlanov prit la parole :
« Ivan Petrovitch Illiev, tu es arrêté au nom du Peuple de l’Union Soviétique pour répondre des accusions de trahison, collusion avec les forces réactionnaires et complicité dans l’assassinat de Sergueï Mironovitch Kirov. »
Se tournant vers l’un des miliciens il dit « Qu'il s'habille, menottez le et descendez le dans l’une des voitures. Vous l’emmenez tout de suite au frais ». Aux autres il ajouta « Assemblez les documents que vous trouverez. ».
Lui-même sortit de la pièce et se dirigea vers un meuble du salon, un secrétaire rustique et commença à fouiller parmi les lettres et carnets. Il feuilleta l’agenda, consulta les noms et les adresses présents et mit le livret dans sa poche intérieure avec quelques lettres.
A ce moment des cris de la femme éclatèrent dans la pièce d’à côté. S’y dirigeant, Tamerlanov vit que les miliciens avaient arraché la fragile chemise de nuit et l’un deux se déboutonnait déjà pendant que les deux autres maintenaient la femme qui se débattait de toutes ses forces, ballotant ses seins flasques.
« J’ai dit que je voulais les documents. Fouillez-moi cet appartement ! Vous me les apporterez au Commissariat du Peuple. ».

Tamerlanov sortit de l’appartement, apercevant du coin de l’oeil les voisins inquiets refermant rapidement leurs portes entrouvertes. Dans la rue encore calme à cette heure, quelques rideaux des fenêtres donnant sur la rue étaient légèrement tirés par les curieux.
Un fracas de verre brisé explosa au-dessus de Tamerlanov et levant la tête sur la droite il eut juste le temps de voir une masse blanchâtre chuter au milieu des débris de la fenêtre. La femme heurta le trottoir de béton avec un bruit sourd. L’angle bizarre du cou ne laissait aucun doute sur la mort. Dans l’encadrement de la fenêtre, les miliciens étaient penchés, l’un d’eux tendant encore le bras comme pour retenir une ombre. Il fit un signe des deux bras prenant l’air désolé.
Tamerlanov secoua la tête et monta dans son véhicule. Son chauffeur démarra aussitôt pour se diriger à la Loubianka.


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Dans l’immense bâtiment jaune, régnait une activité intense. Des gens montaient et descendaient l’escalier principal tenant des papiers à la main ou poussant violemment des personnes arrêtées ayant encore l’air ahuri de ceux qui ne savent pas encore s’ils sont éveillés ou encore dans un cauchemar.
Entrant dans son bureau, il ôta son manteau et tendit l’agenda à un des secrétaires.
« Trouvez si les noms correspondent à nos listes. Si oui, établissez les correspondances, si non, vous créez de nouvelles entrées et lancez des investigations. Pour Iliev, quand les miliciens reviendront, que l’un d’eux aille lui parler de sa femme. Ca le rendra plus malléable. »


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Tamerlanov prit le temps d’ajuster correctement ses vêtements et alla se présenter au bureau de son supérieur, Nikolaï Iejov. Franchissant l’antichambre du bureau du second du Commissariat au Peuple à l’Intérieur, il vit que le secrétaire-garde du corps lui faisait un signe affirmatif. Il frappa au bureau et attendit qu’on lui réponde d’entrer.
Dans le bureau sombre, seulement éclairé d’une lampe donnant un éclairage jaunâtre, la place était emplie de piles de dossiers. Iejov raccrocha son téléphone et fit un signe de tête interrogateur.
« Camarade Commissaire, j’ai trouvé une lettre qui t’intéressera. »
Tamerlanov tendit le document à Ielov. Pendant que ce dernier le consultait, Tamerlanov ajouta « Je l’ai trouvée dans l’appartement d’Iliev. Il est notoirement impliqué dans les complots de Kamenev et Zinoviev et aura une place de choix dans leur procès et ensuite sur une potence. La signature de cette lettre donne des perspectives nouvelles à ce complot. »
Nikolaï Ielov passa directement au bas de la lettre et ne put retenir un sifflement.
« Nul autre que Guenrich Iagoda, Commissaire au Peuple à l’Intérieur et chef à ce titre du NKVD, donc notre supérieur. »
Il leva la tête vers Tamerlanov.
« Le camarade Staline sera très intéressé à son tour, tu as bien fait de me montrer cela. »
Tamerlanov salua et repartit. D’autres traîtres attendaient leur tour.



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hildoceras

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Chapitre 9 – Moscou, aout1936


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Éditorial de la Pravda, 2 août 1936.



Viatcheslav Molotov parcourait rapidement la Pravda. Il attendait le bon vouloir de Staline pour débuter une réunion sur la situation en Espagne. Moins patient que lui, Toukhatchevsky montrait sa nervosité en arpentant le bureau à grands pas lourds. Molotov se dit qu’il était imprudent de montrer de la nervosité ces temps-ci. Sur ordre de Staline, le NKVD avait procédé à un grand nombre d’arrestations de traîtres et de factieux. Déjà, Vychinsky avait été nommé procureur du procès de Zinoviev et Kamenev, les anciens chefs révolutionnaires historiques, d’où son absence à cette réunion. L’accusation était sans équivoque : « constitution d’un "centre terroriste trotsko-zinoviéviste" responsable de l'assassinat de Kirov et d'un complot visant à assassiner Staline et la plupart des membres du Bureau politique dans le but de restaurer le capitalisme avec l'aide de fascistes allemands et japonais. » et n’appelait qu’une sentence possible.
Que Zinoviev et Kamenev aient déjà été jugés l’année dernière ne changeait rien, cette fois le réquisitoire de Vychinsky sera basé sur « Abattez les comme des chiens ! »

« Tout est lié ! » Staline fit irruption dans la pièce et s’assit brusquement sur son fauteuil en tapant du poing sur la table. « Tout est lié, et nous le savions dès le début ! »
Molotov et Toukhachevsky gardèrent le silence, sachant que Staline leur fournirait son raisonnement s’il le jugeait bon.
« La dialectique matérialiste nous éclaire sur la situation comme jamais. Prémisses 1 : Hitler se réarme et veut la domination de l’Europe. Prémisses 2 : il ne le peut qu’en obtenant les richesses de l’Ukraine et du Caucase. Conclusion : Hitler attaquera l’Union soviétique ! » Il ponctua son raisonnement d’un nouveau coup sur la table.
« Prémisses ! Les nazis attaqueront l’Union Soviétique. Ils ont toujours entamé une campagne physique par une campagne de propagande et d’activités secrètes pour affaiblir de l’intérieur. Conclusion, l’Allemagne va développer les trahisons au sein de l’Union Soviétique. »
Molotov voyait déjà où ce raisonnement menait Staline…
« Les traîtres sont déjà en action et j’ai commencé à faire le ménage, je veux me débarrasser de tous les timides, les hésitants, les veules, les lâches, les mécontents, les subversifs, les traîtres ! Le meurtre de Kirov ne semble pas lié à l’activité nazie, c’est donc qu’ils ont su l’obscurcir et qu’ils sont déjà bien mieux en place que ce qu’on craignait ! »

Staline regarda un moment ses deux interlocuteurs, comme se réveillant d’une transe.
« Il faut réagir et réagir vite et en force. Et réagir en Union Soviétique et à l’extérieur. Nous ne pouvons pas laisser les trotskistes noyauter les partis communistes dans tous les pays. En Allemagne et en Italie, les communistes sont éliminés physiquement. En France, ils ont été noyautés et ont conduit à tellement de dissension avec les sociaux traîtres que les élections ont de nouveau porté les capitalistes et bourgeois au pouvoir. Des fascistes des Croix de Feu ont même été élus députés !

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« En Espagne… »
Nous y voilà, pensa Molotov…


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« En Espagne, nous n’avons rien vu venir non plus. Traîtrises ou incompétence, l’avenir nous le dira. Mais Hitler a de nouveau utilisé son modèle d’action en favorisant en sous main l’action de Sanjurjo et de Franco et c’est lui qui a armé le soulèvement militaire. Le gouvernement hétéroclite de pseudo-socialistes et d’anarchistes du frente popular a tergiversé et maintenant la moitié de l’Espagne est aux mains des rebelles. L’Allemagne et l’Italie ont clairement apporté leur soutien aux nazis-fascistes. »
Staline fit un signe de tête à Toukhachevsky qui prit la parole.
« Nous savons que des avions ont été convoyés d’Allemagne et d’Italie vers Barcelone. Certains ont franchi les Pyrénées avec la bénédiction des Français. Par ailleurs de l’armement est convoyé par cargos vers la Catalogne. Des dockers communistes en France et en Italie nous renseignent sur les quantités et la nature. Pour le moment il ne semble pas qu’il y ait de l’armement lourd, mais cela ne saurait tarder. »
« C’est acquis ! » s’exclama Staline « Cela fait parti du plan d’Hitler. Après la traîtrise, la guerre et la guerre totale. Et nous ne pouvons compter que sur nous même pour lutter contre les nazis. Les pleutres capitalistes se font dessus ! »


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« J’ordonne qu’on intervienne ! ». Se tournant vers Molotov, il a jouta : « Viatcheslav Mikhaïlovitch, nous allons soutenir l’industrie espagnole. Les principales provinces industrielles ou minières sont prises par les rebelles ou menacent de tomber. Tu as carte blanche pour prélever sur nos stocks de marchandises et augmenter nos productions de minerai. D’après mes comptes, nous pouvons en fournir près de six millions de tonnes. Qui sont dans nos stocks. »
Molotov pris un risque mais contredit Staline : « Ils n’y sont pas camarade Staline… »
« Comment ça ! »
« Il n’y a pas ce compte. On en a les trois quarts et encore uniquement parce que tu as recommandé un effort particulier en début d’année. »
« C’est impossible ! Le plan prévoit presque le double. Encore une trahison ! Il faudra me trouver les responsables. Ce procès n’est que le début, je te le jure. Prend ce qu’il y a et envoie le. »
« Allons nous en demander un prix préférentiel ? »
« Non, offre le, au nom du peuple frère de l’Union Soviétique en soutien dans la lutte contre le capitalisme impérialiste et les fascismes rétrogrades. »


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Toukhachevsy prit la parole :
« Dois-je préparer l’envoi de troupes ? »
« Attends… Là par contre, je conditionne l’envoi. Je veux que le gouvernement espagnol se débarrasse des anarchistes et des trotskistes. Pas question d’envoyer des soldats soviétiques mourir pour ces traîtres. »
« Mais… ils n’accepteront jamais. »
« C’est à eux de voir, je suis près à envoyer dix divisions mais le pouvoir doit être mieux partagé. Qui est le chef du NKVD sur place ? »
« Orlov »
« Dis-lui qu’il doit se débarrasser des principaux anarcho-syndicalistes et des trotskystes. L’Internationale Communiste doit devenir la seule alternative à gauche des bourgeois socialistes au pouvoir. Les combats de juillet à Barcelone ont apporté du prestige aux anarchistes alors que les paysans et ouvriers espagnols devraient se tourner naturellement vers nous. Ce n’est pas acceptable. Quand les combats finiront, le pays doit être mûr pour une révolution prolétarienne dont nous serons les maîtres d’œuvre. »
« Il ne faudrait pas laisser passer l’occasion, la supériorité des rebelles en matériel et en organisation est écrasante. »
« Dans ce cas, il faut qu’ils comprennent bien tout l’avantage d’obéir à nos injonctions ! »



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hildoceras

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Chapitre 10 - Guadalajara, décembre 1936


« La pluie s’arrête. »
« Pas franchement une bonne nouvelle. »
« Ouais… Les avions vont rappliquer d’ici une heure. Pas les nôtres ce serait trop beau… »
Depuis la tranchée boueuse, le lieutenant Triepkine examinait le paysage rocailleux qui montait d’abord doucement puis de plus en plus abruptement vers deux collines pelées. Les vignes n’existaient pour ainsi dire plus, labourées par les bombardements. Des bombes aussi bien nationalistes que républicaines, la précision des artilleurs étant inversement proportionnelle à leur approvisionnement en un vin local âpre et fort.
« Ils sont toujours là ? » demanda le sergent Olianov.
Le sergent alluma une papirosa. Une odeur âcre se dégageait de la cigarette cartonnée qu’il fallait fumer à grosses bouffées pour entretenir la combustion. Mais l’odeur couvrait aussi l’odeur des quelques cadavres pourrissant dans le no man’s land
« Lesquels ? »
« Tous… »
« Les anarchistes tiennent toujours le monastère si j’en crois le drapeau déchiré rouge et noir sur ce qui reste de clocher. En face les Marocains tiennent l’autre colline je suppose. Tu veux aller vérifier ? »
« Sans façon, ils savent se servir de leur mash.., machine 34 »
« Maschinengewehr 34 »
« Y a pas à dire, voyager ça permet d’apprendre les langues. »
« Tant qu’ils tiendront l’autre colline et que nous tiendrons le monastère et la vallée, chacun sera bloqué, pas moyen de passer. Et nous avec. Ca peut durer des mois »

Ca durait depuis déjà trois semaines. La compagnie du lieutenant Triepkine avait débarqué en Espagne en octobre, avec le reste de sa brigade de fusiliers d’Odessa. Officiellement ils n’étaient pas soviétiques, mais la Brigade Internationale Révolution d’Octobre, internationale au sens où il y avait des russes, des arméniens, des russes, des ukrainiens, des russes, quelques sibériens, enfin surtout des russes, avec du matériel soviétique, des officiers soviétiques et des commissaires politiques soviétiques.
Ces derniers étaient chargés de réinterpréter les ordres de l’état-major républicain en termes de dialectique matérialiste et d’orthodoxie communiste. Le but de l’intervention soviétique était clairement de lutter contre les fascistes mais sans aucune façon soutenir les déviances socialistes petit-bourgeoises, les hérésies anarcho-syndicalistes et l’apostasie trotskiste. Ivan Triepkine ne put retenir un sourire en comparant l’attitude rigide du commissaire Koloskov à celle de ces ecclésiastiques jugeant le monde sur leur foi.


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La situation était suffisamment compromise à leur arrivée pour que ces questions politiques passent au second plan. Les fascistes étaient sur le point de prendre Madrid et occupaient la moitié du pays, la moitié la plus riche, la plus industrielle et surtout donnant accès à la frontière française et à tous les pays fascistes soutenant la rébellion.
L’arrivée de cinq divisions d’infanterie équipées avait stoppé net la progression des fascistes. L’équipement avait beau dater de la Grande Guerre, le nombre avait fait la différence. Le commandement aussi datait de la Grande Guerre, soupira-t-il. Les pertes avaient été énormes dès le début par l’usage de l’assaut par vagues, vagues qui s’écrasaient sur les mitrailleuses et les obusiers des rebelles. En y ajoutant la constante supériorité de l’aviation fasciste, cela avait été un enfer et les renforts de novembre dernier semblaient justifier de continuer dans cette voie là. Les nouveaux avaient vite appris ou alors étaient morts.
N’étant pas dans les secrets de l’état-major, ni même ceux de son supérieur direct, il ne savait pas s’il y avait réellement moyen de faire autrement. Les chars, les fameux ‘carros sovieticos’, des T26 importés en tant que matériel agricole, étaient peu nombreux et de toutes façon inutiles dans ce terrain accidenté. N’empêche, il aimerait bien en avoir un ou deux au prochain assaut, ou même quelques avions, afin de faire baisser la tête des Marocains qui maniaient ces foutues mitrailleuses. Enfin, il n’était pas pressé de repartir à l’assaut.


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« Sergent, ta conduite est inqualifiable ! Tu n’as pas à fumer sur la ligne de front au risque d’alerter l’ennemi sur ta position ! »
La voix sèche du commissaire Koloskov tira le lieutenant Triepkine de sa rêverie.
« C’est moi qui l’ai autorisé » mentit-il « de toutes façons, les fascistes savent où nous sommes » continua-t-il en désignant le paysage défoncé.
« Ca ne change rien au principe, le règlement est fait pour être appliqué et il n’est pas question de laisser le laxisme envahir le corps expéditionnaire. Mais je ne suis pas là uniquement pour ça. Je te cherchais lieutenant. J’ai les nouveaux ordres. »
A la grimace de Koloskov, Triepkine en vint presqu’à espérer qu’on retirait sa compagnie du front. Il fut vite déçu.
« Nous devons partir à l’assaut de la colline demain à l’aube. L’action se déroulera en collaboration avec le 118ème régiment espagnol. »
Le sergent demanda d’une voix suave :
« Vous voulez dire les anarchistes, camarade commissaire ? Le régiment ‘Mikhail Bakounine’ avec tous ces criminels libertaires traîtres aux idéaux de la révolution prolétarienne ? Mais c’est un coup à perdre notre idéal communiste si on a besoin d’utiliser ces suborneurs du prolétariat pour triompher du fascisme. »
« Fais pas le malin, sergent, nous devons utiliser tous les moyens pour triompher, même utiliser les adversaires politiques comme le fit Lénine en arrivant à Leningrad au moment… »
Triepkine interrompit le commissaire :
« C’est de la folie de repartir à l’assaut, on n’a pas les moyens de franchir la distance sans perdre la moitié des hommes, même avec le soutien des Espagnols. »
« Peu importe. Les ordres sont de rejoindre de nuit les positions avancées où les Espagnols nous rejoindront. De là, ils ont délimité les axes de l’assaut et j’entends bien que ce soient les Soviétiques qui mèneront l’attaque et arriveront les premiers dans les tranchées fascistes. J’abattrai le premier qui fera seulement l’esquisse d’un retrait. »
Ce n’était pas une figure de style, Triepkine le savait. Il fit signe au sergent de se taire et revint avec lui pour annoncer la nouvelle aux autres.

La nuit suivante était claire et glacée. Une demi lune éclairait chichement les rochers. Triepkine menait sa compagnie presqu’à l’aveuglette vers le monastère, en suivant un sentier escarpé.
« ¡ Hola ! ». Une voix de femme troua l’obscurité. Triepkine ne fut qu’à demi surpris. Il savait que les Espagnols et surtout les brigades anarchistes avaient recruté des femmes, des ‘pasionarias’ souvent plus vindicatives et cruelles que bien des hommes pour avoir perdu un père, un frère ou un mari par la faute des fascistes. Il s’approcha de la petite femme aux cheveux bouclés maniant un fusil qui semblait trop gros pour elle.
« ¿ Hola, a donde esta el jefe ? »
« ¡ Soy el jefe !” dit-elle en riant d’avoir surpris cette fois Triepkine. « et je parle russe un peu. María Gonzalez Gallego, chef élu de le régiment Bakounine de le CNT »
« Lieutenant Ivan Danielovitch Triepkine de la Brigade Internationale Révolution d’Octobre »
« Viendez, je montre où mettre les obusiers »
« On n’en a pas… »
« On avait dit que vous avez… Alors les mitrailleuses. »
« La mitrailleuse, on a une Maxim. » Ivan Triepkine évita le regard noir de l’Espagnole et appela le groupe chargé de la mitrailleuse.
« Miguel va montrer où mettre la, il faudra qu’elle empêche les fascistes de lever la tête quand nous courrons, si ? »
« Et nous ? »
« Et nous, beau lieutenant, nous allons mourir en courant dans le vent y avec le cœur joyeux porque nous luttons contre el fascismo avec les mains nues porque los sovieticos no han ningun armas para atacar ! ».
Ayant craché ces paroles à la figure de Triepkine elle fit demi tour sur ses talons et partit d’un pas vif vers le côté du monastère d’où partait une tranchée.
Le sergent s’approcha de Triepkine un peu saisi : « Vous lui avez fait un effet boeuf, camarade lieutenant, c’est dans la poche, y a qu’à la cueillir. ».
« Ta gueule sergent. J’aurais du penser à apporter un bouquet de mitrailleuses plutôt que quelques fleurs des champs, le romantisme me perdra. »
Il fit signe de suivre les Espagnols.


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Peu avant l’aube, Soviétiques et Espagnols étaient massés au plus près des lignes marocaines. En jetant un œil par-dessus le rebord de la tranchée, Triepkine avait vu qu’il restait encore six cents mètres de terrain vallonné à franchir. Même avec le support d’artillerie promis à l’aube, même en sautant de trou en trou, même si on avait eu des fumigènes, qu’on n’avait pas, ç’aurait été du suicide.
Le lieutenant comprenait parfaitement María qui ne lui avait pas adressé la parole depuis tout à l’heure, faisant passer les renseignements nécessaires par Miguel, le grand escogriffe qui l’accompagnait (garde du corps, ami, amant ?) et le traducteur assigné à la compagnie. Elle avait passé le plus clair de son temps à passer de l’un à l’autre de ses hommes, visiblement pas des soldats, armés et habillés de façon hétéroclite, en glissant un mot à chacun. Ivan Triepkine en avait même surpris certains à prier. Koslokov avait glosé là dessus en exprimant son mépris pour ces esprits faibles détournés du communisme par la propagande libertaire, etc. etc. Triepkine avait laissé dire en étant un peu envieux soit de Koslokov soit de ceux qui priaient, parce qu’au moins ils avaient une foi à laquelle se rattacher, juste avant de mourir.

Juste avant les premières lueurs de l’aube, l’artillerie divisionnaire se mit à arroser la colline des Marocains. Les obus tombant aléatoirement soulevaient des gerbes de terre et d’éclats de calcaire. Koslokov souffla dans son sifflet pour donner le signal de l’assaut et les Soviétiques et les Espagnols bondirent par-dessus le bord de la tranchée en hurlant.
Les premiers coups de feu partirent. Les Marocains commençaient à lâcher des rafales imprécises et les Espagnols tiraient à leur tour, indiscipline de tir inutile, la distance étant trop lointaine. Mais cela ne pouvait que rassurer au moment de franchir l’espace presque découvert.
Deux cent mètres furent franchis au pas de course et les premiers assaillants tombèrent. Triepkine et María exhortaient leurs hommes à utiliser les couverts, trous d’obus, rochers épars, et à se soutenir les uns les autres pour opposer un feu aussi nourri que possible. Le sergent Olianov faisait de même un peu plus de cent mètres à droite. Jetant un oeil en arrière, Triepkine voyait au loin la mitrailleuse Maxim crachoter ses balles, tentant d’ajuster les nids de deux mitrailleuses marocaines. Plus bas, s’étalaient des corps épars, certains bougeant à peine. Il vit aussi Koslokov menacer de son pistolet un des soldats soviétiques qui tentaient d’emmener vers l’arrière l’un des blessés. Soudain Koslokov écarquilla les yeux, son regard se figeant, lâchant son arme et s’écroulant doucement au sol. Triepkine se concentra sur l’assaut. Il ne voulait pas savoir si la balle était soviétique ou marocaine, il voulait se sortir de là et sortir les autres de là et pas moyen de faire autrement que d’avancer et de montrer l’exemple aux autres en avançant.
Il sauta de son abri pour gagner en zigzagant un rocher un peu plus important, comme planté au milieu de la pente. L’une des mitrailleuses sembla le prendre pour cible faisant claquer les balles contre le sol rocailleux autour de lui. Il plongea pour rouler à l’abri… et aurait roulé dans la pente découverte au-delà du rocher si le grand compagnon de María ne l’avait arrêté.
« Gracias ».
A côté de lui, María donnait des ordres à grands signes pour inciter ses hommes à avancer d’abri en abri. Elle se tourna vers lui en criant :
« Vos artilleurs ne font rien de bon. Il faut qu’ils visent les mitrailleuses ! On ne pourra pas aller plus loin sinon. »
Vexé par le reproche implicite, Triepkine répliqua :
« Ils sont loin et moi je suis ici, alors à moins que vous n’ayez des pigeons voyageurs ? »
« Vous pas de radio bien sur ? »
« Non ! Et vous ? Pas mieux, pas vrai ? »
« Si, nous avons la radio. On n‘a pas de canons, pas d’obusiers, pas de mitrailleuses, pas d’uniformes, mais radio on a, bonne radio, matériel allemand, pris aux fascistes ! »
Triepkine la regarda d’un air si surpris qu’elle éclata de rire.
« Et elle est où ? »
« Dans le monastère, nous n’avons pas de canon alors pas besoin de la radio. »
Jurant, Triepkine siffla le sergent Olianov.
« Attendez, Miguel va l’accompagner pour expliquer aux sentinelles. En attendant… »
« Je sais : on va mourir en courant dans le vent le cœur joyeux. »
Elle se mit à rire à nouveau.
« Non, on va attendre pour voir si on peut ajuster le tir de vos canonniers. Après on pourra mourir. » fit-elle avec un clin d’œil.
Triepkine sourit et se prit à penser qu’il aimerait la voir rire encore.


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Il fallut attendre une demi-heure pour voir les effets du guidage. Les obus se resserrèrent enfin sur les nids de mitrailleuses jusqu’à ce que l’un d’eux prenne un coup direct qui fit hurler de joie les assaillants.
Aussitôt Ivan et María donnèrent les ordres pour profiter de l’angle mort ainsi créé. Les alliés Soviétiques et Espagnols bondirent malgré la mitraille des mausers. Encore plus tombèrent, mais cette fois l’assaut déborda les premiers retranchements.
Et commencèrent les corps à corps. Les Espagnols sortirent des couteaux, des machettes, les Soviétiques leurs baïonnettes et chacun de se jeter sur un opposant. Grenades, tirs à bout portants, coups de crosse, jusqu’aux poings et aux yeux énucléés à la main. Chacun pour soi, chacun contre tout ce qui paraît ennemi, cible, menaçant. Pas de quartier, pas de pitié, pas de prisonnier. Plus que des réflexes bestiaux et une haine animale.
Et enfin, comme un assourdissement, presque plus de bruits sinon un coup de feu ponctuel ou la cavalcade effrénée des fuyards. Tous se regardèrent un peu surpris, étonnés d’avoir survécu, comptant les présents et ce fut la joie :
« ¡ Victoria ! » « Pobedou ! »
« ¡ Viva la Muerte ! » A ce dernier cri, un type, sorti d’on ne sait d’où, bondit grenades dégoupillées dans les mains vers le groupe d’Ivan et María. La surprise et l’horreur figèrent tout le monde pendant que l’individu s’avançait en courant. Ivan plongea vers María, la souleva et dans le geste sauta dans le trou le plus proche. Derrière lui claquèrent un coup de feu, un second et une explosion. Une flèche de chaleur et de douleur perça son dos et Triepkine plongea dans l’obscurité et le néant.
Il n’entendit jamais la seconde explosion.

Il se réveilla dans le froid glacial de la nuit. Une douleur vive transperçait son épaule. Il était sous un toit de pierres plates, un feu mourant lui permettait de distinguer l’ouverture d’une bergerie ou d’un abri de chasseurs. Des voix étouffées venaient de l’extérieur montrant que la fraternisation allait bon train. Il réalisa qu’il partageait sa couverture avec une forme pelotonnée contre lui. María respirait doucement. Il passa les doigts dans sa chevelure bouclée et s’endormit à son tour.



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unmerged(20529)

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super :)
 

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Ouaip ....
Dis donc, Mos, t'es pas dans les Brigades, toi ?
Tsss, encore en train de Dealer des Sardines en boites sur le vieux port plutôt que de faire ton devoir, K'mrade !!!

bientôt les purges ..... ;)
 

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Foulque Nerra said:
Ouaip ....
Dis donc, Mos, t'es pas dans les Brigades, toi ?
Tsss, encore en train de Dealer des Sardines en boites sur le vieux port plutôt que de faire ton devoir, K'mrade !!!

bientôt les purges ..... ;)

Non, d'ailleurs j'avoue être un peu déçu... enfin, l'AAR est super (quitte à me répéter :))
 

Pedro Cabral

Kubake
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je viens a peine de finir la lecture, j'adore deja, vraiment tres bon continu comme ca hildo :)
 

hildoceras

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Chapitre 11 – Leningrad, Moscou, Chelyabinsk

(extraits du journal de Leonid Ambassovitch van Pieperzeel)


10 juillet 1936

Les résultats du concours sont tombés cette après-midi. C’est décevant. 72ème sur 128 admis. Même en comptant les moscovites qui se taillent la part du lion, j’aurais du faire mieux. Mais c’est la note d’Idéologie Marxiste qui m’a coulé. Dessin industriel, Mécanique, Métallurgie, j’ai des notes excellentes, mais le 4.0/10 en IM… Juste parce que la note de 3 était éliminatoire, je suppose que je devrais être content. C’est probablement le secrétaire local du Parti qui m’a descendu. Une lettre au directeur, une révision des notes et le tour est joué… C’est une affaire de basse vengeance mesquine sur les commentaires que mon père a faits sur son travail au secrétariat local, mais à l’Institut personne ne le sait et je perds des points faciles.
Enfin, je suis Ingénieur en Mécanique Industrielle, diplômé de l’Institut Polytechnique de Léningrad, le but est atteint ! Pas de stage en usine cette année, directement l’emploi. Il n’y a plus qu’à attendre le lieu de mon affectation. Les meilleures places vont partir aux premiers, mais on a besoin de bons ingénieurs, et je sais que je suis bon.



22 juillet 1936

La lettre de mutation est arrivée avant-hier, Commissariat du Peuple à l’Industrie Lourde, à Moscou et plus précisément le Secrétariat au Plan, un bureau important. La lettre était accompagnée d’un titre de transport et la date de mutation… hier !
J’ai paniqué et tenté de joindre mon futur lieu de travail et au bout de deux heures j’ai joint mon chef de service… qui n’était pas au courant que je venais. Alors c’est devenu moins pressé et je débute la semaine prochaine. En attendant il va me trouver un bureau.



15 août 1936

Départ larmoyant sur le quai de la gare. Moi engoncé dans le costume neuf acheté par Papa chez le tailleur juif. Maman pleurant toutes les larmes de son corps et Papa stoïque, raide comme un piquet ce qui le fait dépasser tous les autres d’une tête au moins. Moi j’étais surtout gêné d’être le centre de l’attention de tout le monde, gêné et fatigué après n’avoir pu dormir de la nuit. Enfin le départ, Papa avait vérifié trois fois que les bagages étaient bien fixés dans leur compartiment, Maman m’ayant fait rouvrir la valise pour vérifier que la chemise au col amidonné y était bien, et la difficulté de la refermer cette foutue valise et puis la remettre dans son compartiment et les recommandations d’usage, et les larmes. J’avais envie de hurler !

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Le compartiment était plein et la chaleur est vite devenue insoutenable. Ce fameux costume « mi saison parce que ça fait toutes les saisons » était un four et je suais, comme tout le compartiment d’ailleurs. Et quand est venu midi et que sont sortis les choux, les oignons et le saucisson à l’ail, il m’a fallu sortir un moment dans le couloir et aller en bout de wagon. Pas question d’ouvrir une fenêtre, le wagon étant juste sous le panache de la fumée : combustion insuffisante, charbon de piètre qualité, possibilité d’améliorer la chambre de combustion en… Les cours reviennent vite dans les circonstances les plus diverses…
Arrivé à Moscou, un peu perdu dans la gare immense, j’ai évité comme la peste les guides tchétchènes dont m’avaient parlé mes amis et j’ai pris le métro pour la première fois. Il m’a fallu me perdre deux fois même en demandant mon chemin pour finalement arriver au foyer des jeunes travailleurs.
Dès demain je vais commencer à repérer les principaux lieux pour au moins aller au travail et en revenir et peut-être commencer à prospecter pour un appartement.



23 août 1936

Mes débuts sont assez laborieux. J’ai été affecté dans le service de Vladimir Glebovitch Onchov, fonctionnaire zélé s’il en est. Il répartit la charge de travail de la journée sur les différents employés, à savoir moi et Mademoiselle Elena, une secrétaire maigre et sans âge que je n’ai pas encore vu ouvrir la bouche sinon pour dire « oui, camarade Onchov » ou pour grignoter quelques biscuits à midi. Après cette lourde responsabilité de répartition des tâches, il s’enferme dans son bureau et il en sort le soir en titubant empestant la vodka bon marché.
Le travail consiste à trier les documents concernant les productions industrielles des différentes républiques soviétiques, compiler les nombres et publier des statistiques établissant que chacune de ces républiques dépasse de très loin les quotas établis par le plan, même le plan modifié par Staline en début d’année.
Je ne suis pas certain qu’il faille un ingénieur diplômé pour ça, ni même qu’il faille mobiliser un service pour cela. Mais j’arrive, il y a sûrement plus à découvrir par la suite.



12 septembre 1936

J’ai revu Rousseïev. Je suis tombé dessus par hasard, au Commissariat, alors qu’il venait chercher des papiers administratifs. Il travaille depuis deux mois aux usines Koubinka à Krasnoznamiensk, à une quarantaine de kilomètres de Moscou. Il est dans une unité de recherche sur des chars ultra-modernes. Il en faisait un peu trop, je me doute qu’il fait plus que de passer le balai le soir, mais à l’entendre, c’est lui qui conçoit toutes les nouveautés hyper modernes de ce char. Lesquelles ? NDA ! Et derrière ce sigle mystérieux le liant au secret se cache la dérobade pour éviter d’avouer qu’il ne sait pas grand chose.
Oui je suis jaloux, et alors ?

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21 septembre

Mes demandes pour un appartement restent lettre morte. Je ne suis pas « prioritaire dans l’assignation d’un domicile individuel malgré les hautes responsabilités qui vous incombent. Passent devant vous les vétérans de la Révolution, les familles nombreuses, les ouvriers, techniciens et ingénieurs indispensables à la réalisation du plan… » [et moi, je sens le pâté ?] « … et les veuves et orphelins du service civil. » Ainsi que certaines huiles du parti et tous ceux qui peuvent faire valoir une relation plus ou moins proche avec elles… Mais ce serait du mauvais esprit de le faire valoir. Je préfère sourire (ou faut-il frémir ?) en pensant que mon futur appartement individuel peut servir à loger une famille nombreuse…



15 octobre

Notre service était convié avec d’autres à présenter les résultats préliminaires du plan au camarade Grigory Konstantinovitch Ordjonikidze, rien moins que le commissaire du Peuple à l’industrie lourde et ami personnel de Staline.
J’ai passé trois jours pleins à faire le rapport que j’ai soumis à Vladimir Onchov. Le soir même il me le rendait à refaire pour le lendemain avec des annotations en rouge pratiquement illisibles. J’ai passé la nuit à faire les corrections et à retaper tout le rapport. Je hais les tableaux en caractères de machine à écrire !!! J’ai déposé au matin le rapport sur son bureau. Le soir, de nouveau des annotations et des ratures partout. J’étais désespéré… Mademoiselle Elena s’est alors départie de son silence habituel pour me faire remarquer que le travail considérable du camarade Onchov n’apparaissait peut-être pas assez dans le rapport.
Le lendemain, après une nouvelle nuit blanche, le rapport était accepté dès midi.
L’exposé a été une formalité et le camarade Onchov a été convié au « repas de travail » avec le camarade Ordjonikidze et les autres chefs de service au tout nouvel Hôtel Moscou.
Moi je suis allé dormir sans même manger…

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17 Novembre

De toute l’Union Soviétique nous parviennent les annonces des réalisations industrielles entamées par le plan extraordinaire de janvier dernier.
Des dizaines de ponts, de routes, de sites industriels ont été lancés, parfois dans des lieux improbables d’Oural ou de Sibérie dont j’ignorais même l’existence auparavant.

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26 Novembre

L’usine Octobre Révolutionnaire est une de ces toutes nouvelles structures créées de toutes pièces dans l’Oural, dans la région de Magnitogorsk. Usine d’acier remarquable… puisque d’après mes statistiques elle employait déjà des ouvriers fondeurs et lamineurs depuis 8 mois ! Le nom m’avait frappé par sa banalité quand je l’avais retrouvé dans la liste des inaugurations d’usine. J’ai d’abord cru à un homonyme, mais non, c’est bien la même usine de Rieska. Je ne vois pas pourquoi on emploierait les ouvriers métallurgistes des mois avant que l’usine ne puisse effectivement tourner.



3 Décembre

J’ai passé deux jours à fouiller dans les archives administratives du Commissariat à l’industrie lourde. L’usine Octobre Révolutionnaire n’est pas la seule dans ce cas. Des dizaines de structures ont des emplois surnuméraires ou même carrément fictifs. L’entrepôts de pièces de tracteurs emploie douze boulangers. L’usine de lames d’acier a trois crèches avec trois directeurs, ayant tous les trois le même nom et vingt quatre employées, avec la même répétition. Et des tas d’autres exemples comme ça. Il suffit de lire les pièces et c’est évident.
Ce qu’il l’est moins par contre, c’est quoi faire maintenant. Les pièces sont signées Onchov ou d’autres chef de service. L’une d’elles est signée par Ordjonikidze lui-même.



15 Décembre

J’en ai parlé à Rousseïev. Il me conseille d’aller le dire à la Loubianka. Il est facile sur le conseil, mais avec le NKVD, on sait quand on entre et pas quand on ressort…
Pour le moment, je fais profil bas. Je ne sais quoi décider. Maintenant que je suis au courant, c’est presque tous les jours que je vois un signe de ces « anomalies » qui sont autant de prévarications. Je n’ose même plus ouvrir un dossier de peur qu’il se traduise par de nouvelles corruptions.



3 Janvier

Ces congés à Leningrad m’ont fait du bien en me reposant. J’étais complètement à bout de nerfs. Il m’a fallu ça pour prendre du recul. Comme ça me travaillait encore, j’ai fini par en discuter avec Papa. Il m’a donné le nom d’un ancien condisciple d’université qui travaille au Commissariat du Peuple à la Sécurité, Tamerlanov. De retour à Moscou, j’ai pris contact avec lui et j’ai tout déballé. Il m’a écouté longuement puis m’a demandé des preuves, des documents. Le lendemain j’ai ramené du bureau ce qu’il voulait. Il m’a remercié et m’a dit de ne plus en parler, qu’il s’occupait de l’affaire.



4 Janvier

Et s’il m’avait dit ça pour enterrer l’affaire ?



3 Février

Tamerlanov a repris contact avec moi en frappant à ma chambre du foyer des travailleurs à six heures du matin.
Il m’a engagé à ne pas aller au travail ce matin.
Il m’a félicité de « mon civisme et de mon patriotisme pour avoir découvert et dénoncé un complot contre révolutionnaire fomenté par des ennemis de l’Union Soviétique pour affaiblir les Soviets des travailleurs et paysan, des accapareurs des fonds des travailleurs et saboteurs de l’effort industriel soviétique, ayant des ramifications jusqu’au sein du parti et dans des pays étrangers ennemis du communisme. » Afin de me protéger, tout en me récompensant, le commissaire Tamerlanov a fait en sorte de me faire muter dans le centre de recherche d’un combinat dans la ville nouvelle de Chelyabinsk. Je vais pouvoir appliquer mes talents « en partie gâchés jusqu ‘à présent » comme l’a dit Tamerlanov.



12 Février

J’ai appris qu’Ordjonikidze s’était suicidé. On dit qu’il avait des problèmes de santé incurables. Onchov et Elena ont disparu ainsi qu’un grand nombre de personnes au Commissariat à l’industrie lourde.
Pour ma part j’ai préparé mes affaires et pris le train pour l’Oural. Je ne risquais pas de manquer le train : Tamerlanov m’a aimablement amené à la gare, un espèce de gorille se chargeant de porter mes bagages. « La moindre des choses pour un patriote et fidèle communiste. »
Le trajet a été long et pénible, le froid glacial envahissant le compartiment malgré le poêle à charbon qui s’étouffait régulièrement. On a eu également un problème de voie au moment du franchissement de l’Oural. Le gel intense avait déformé une partie de la voie. Des équipes de travailleurs ont refait la voie, sous la surveillance de quelques soldats. Onchov est-il maintenant parmi eux ?

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22 Février

A Chelyabinsk j’ai un appartement dont je partage des parties communes avec deux autres ingénieurs du combinat. Nous travaillons sur de nouveaux alliages, des pièces mécaniques et tout ce qui permet d’améliorer nos canons. Le travail que nous réalisons est considéré comme du plus haut secret, ce qui implique un tas de tracasseries en entrée et sortie du combinat. Mais comme dit Igor, l’un de mes co-locataires « qui se soucierait d’aller chercher des secrets à Chelyabinsk, même les corbeaux volent sur le dos pour ne pas voir la misère ».
Il exagère grandement car tout est neuf ici. La ville a poussé comme un champignon en s’organisant autour des usines métallurgiques. Il y a peu d’activités encore mais le travail est prenant et je n’ai pas encore le temps de m’ennuyer…


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J’ai paniqué et tenter de joindre mon futur lieu de travail et au bout de deux heures j’ai joint mon chef de service… qui n’était pas au courant que je venais. Alors c’est devenu moins pressé et je débute la semaine prochaine. En attendant il va me trouver un bureau.
Tiens, çà me rappelle mes débuts IRL, çà. :D

Très chouette chapitre. 'm'étonne pas que je rate l'examen d'Idéologie Marxiste. Comme quoi, les mauvais marxistes font les bons communistes ? :rofl:
 

hildoceras

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Chapitre 12 – Yan'an, Province du Shaanxi et Pékin


4 mai 1937


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Nerra Foulkinov marchait en un rythme quasi hypnotique sur la mauvaise passerelle qui serpentait le long des parois calcaires. Après cinq heures de marche depuis bien avant l’aube, il ne sentait plus le froid du courant d’air qui balayait l’étroite gorge. Son attention se limitait à la personne qui était devant lui, aux planches disjointes, à l’erratique bloc parsemant parfois le chemin.
Devant lui, soudain, Owen Lattimore indiqua d’un court geste quelque chose en hauteur. Tournant vivement la tête, Foulkinov eut le temps de voir des éclats de signaux lumineux, probablement un miroir. Les forces communistes maintenaient une discipline et une attention soutenues. L’endroit était peu propice au passage d’une force d’invasion, tout armement lourd devant être démonté et porté à dos d’hommes ou de mulets, comme le faisaient déjà les porteurs du groupe, mais Mao ne prenait aucun risque et une poignée de sentinelles et un mortier pourraient tenir devant n’importe quelle force de ce côté ci du Shaanxi.

La province était maintenant une citadelle, inexpugnable espérait-on. Point d’arrivée de la Longue Marche, c’était peut-être maintenant le point de départ vers la reconquête du pays… A moins que Foulkinov n’interrompe le processus. Mao Tse toung et Chou en Lai n’apprécieraient peut-être pas, mais devant la menace japonaise se précisant de jour en jour, le parti de l’Union Soviétique ou pour faire plus court Joseph Staline avait décidé qu’il fallait que les communistes chinois s’allient aux impérialistes du Kuomintang. On pouvait avoir de bonnes relations avec les japonais sans pour autant leur faciliter la tâche. Foulkinov était chargé d’expliquer cela aux communistes chinois en les amadouant de promesses et de cadeaux.
Le journaliste et affairiste américain Lattimore était chargé de faire les présentations. Sous couvert de ses métiers, il était un relais privilégié entre le Kremlin, Yan’an au Shaanxi et Pékin. Possiblement en jouant sur tous les tableaux, agent double, triple ou plus. Peu importait. Un pas en travers et il tomberait.

D’ailleurs en y pensant… Foulkinov frissonna en considérant le gouffre à quelques centimètres de ses pieds… et à quelques dizaines de mètres plus bas. Et il y aura encore des petits malins au bureau pour me demander comment j’ai bien pu faire passer ma chaise roulante. ‘béciles.


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Après la sortie de la gorge, le paysage s’ouvrait sur une succession de collines arides taillées de terrasses soutenues par des murs de pierres sèches. Chaque mètre était occupé par des cultures vivrières, surtout du riz, quelques potagers. De loin en loin, des cultivateurs organisés en brigades labouraient, semaient ou portaient des outres d’eau au bout d’un balancier. « L’image même de l’organisation socialiste. » fit Lattimore. « Ouais. » répondit Foulkinov qui remarqua in petto qu’ils ressemblaient aux paysans de l’autre côté de la limite de la province. Le travail est le même partout. Mieux surveillé ici, mais le fruit en sera probablement mieux réparti aussi. Peut-être.

Ils arrivèrent aux abords d’un village et des enfants à moitié nus ainsi que quelques chiens bâtards pelés coururent devant eux pour annoncer leur arrivée. Celle-ci était déjà connue puisqu’une délégation les accueillit à l’entrée du village de baraques de pisé. Le camarade Mao les priait de bien vouloir profiter de leur misérable accueil et de se reposer de la terrible marche les conduisant jusqu’à lui. Tout sera fait pour qu’ils se sentent confortable…
De toute évidence, Mao avait besoin de temps pour préparer l’entrevue. Peut-être aussi du rapport de Lattimore. Bon, Foulkinov n’était pas pressé, sauf si sa chambre était un nid de puces. L’issue de l’entrevue ne pouvait faire de doute, une proposition que les Chinois ne pouvaient refuser. Autant y mettre les formes pour faire avaler la pilule.

Ce n’est que deux jours plus tard qu’ils reprirent la route vers Yan’an, la capitale des communistes chinois. En comité restreint. Les porteurs des armes et des munitions qui les avaient accompagné depuis lors avaient déjà distribué leur fardeau.
Il ne fallut que deux heures pour arriver aux portes de Yan’an. La ville… non le village était accoté aux flancs asséchés des collines. Creusé pourrait-on même dire puisque visiblement des cavernes étaient habitées. Sur une esplanade bordée de drapeaux rouges, des troupes faisaient du maniement d’armes sous les ordres martiaux et vociférés d’officiers. Plus loin une école se mit à résonner du chant d’écoliers, un air patriotique sûrement, repris en chœur par la brigade de paysans porteurs d’outils neufs qui les croisèrent inopinément… « L’image même de l’organisation socialiste » fit Foulkinov. Lattimore ne reprit pas.


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Un comité du parti chinois les accueillirent devant une des maisons les plus larges. Mao Tsé Toung, Chou En Lai, Bao-gu, Deng Xiao Ping, les présentations furent vite faites. Dans la maison au sol de terre battue, une lourde table de bois avait été posée au centre de la large pièce. Une lampe à pétrole et la porte ouverte fournissaient la seule lumière. Tous s’installèrent sur des chaises rustiques et deux femmes vinrent servir du thé. Foulkinov fit tourner son paquet de cigarettes. Mao remercia d’un vert glaviot dans un coin de la pièce, fit signe aux femmes de sortir en laissant traîner plus longtemps que nécessaire sa main sur le bas des reins et prit la parole.

« Nous ne sommes pas dupes, nous savons que vous faites le lit des impérialistes japonais ! »
Ca commence bien, pensa Foulkinov, il va jouer la victime.
« Nous avons déjà dénoncé à vos prédécesseurs la dérive capitaliste et petit-bourgeoise consistant à fustiger devant et à soutenir économiquement les impérialistes derrière. La doctrine cède le pas au commerce et aux intérêts des financiers ! »
« Holà ! le Parti Communiste de l’Union Soviétique n’a aucun lien financier avec les suppôts capitalistes d’où qu’ils soient, du Japon ou d’ailleurs. C’est faire facilement une dérive aux relents trotskistes que d’errer dans ces conclusions fautives ! » Et vlan, prend ça et mâche le.
« Vos soutiens commerciaux aux japonais sont connus et publics. » dit doucement Bao-gu.
« Nos soutiens aux partis frères sont connus et moins publics, vos armes le prouvent. Et ce soutien passe par un commerce nécessaire avec des pays qui sont des ennemis de classe mais qui financent par le défaut inhérent du capitalisme leur propre perte. Pendant la guerre d’Espagne, personne n’a contesté et dit que le commerce avec l’Allemagne et l’Italie était un soutien à l’agression fasciste du peuple espagnol. Au contraire, tout le monde a salué l’intervention décisive des troupes soviétiques qui a rendu la liberté aux ouvriers et paysans espagnols, alors que dans le même temps, les soit-disant pays démocratiques prônaient la non-intervention et le blocus, coupables d’affaiblir la jeune démocratie espagnole et de favoriser les dictatures fascistes. La révolution prolétarienne se fait avec tous les moyens dont elle dispose, son but étant la perte à terme des capitalistes. Nous soutenons un commerce avec le Japon ! Ce commerce nous permet d’obtenir des matières premières nécessaires à la fabrication d’armements, armement qui vous est redistribué à vous et aux partis frères. Dans le même temps, ce commerce permet de gagner du temps de paix, temps nécessaire à l’élaboration de forces révolutionnaires qui emporteront la décision dans le futur. Déjà en mars, notre action a permis que le Japon ne signe pas le pacte Anti-Comintern avec les fascistes allemands et italiens qui se retrouvent toujours plus isolés. L’objectif final ne doit pas être perdu de vue et cet objectif peut passer par ce qui paraît être des compromissions mais ne sont que d’autres façons de faire la révolution socialiste. »
« Une de ces compromissions est maintenant de nous allier au Kuomintang, » intervint Chou, « un parti comprador et féodal qui représente les propriétaires fonciers et la bourgeoisie et qui continue à opprimer le peuple. Nous allier maintenant c’est aussi nous soumettre. Or le prolétariat et son parti doivent conquérir le rôle dirigeant dans la révolution démocratique nationale puis le consolider, ils ne doivent pas être à la remorque de la grande bourgeoisie. »
« Vous et quelle armée ? » rétorqua Foulkinov provoquant une montée de sang au visage de Mao et de Chou. « La longue Marche vous a rendu exsangues, des renforts vous viennent progressivement mais au compte goutte. S’ils n’avaient la menace japonaise dans le dos, les capitalistes du Kuomintang vous écraseraient comme des blattes. Il vous faut du temps. Il vous faut des hommes. Il vous faut des armes. Et il vous faut les japonais pour vous débarrasser de Tchang Kai Chek. Cette guerre qui vient est le début de votre reconquête. Ne vous affaiblissez pas à lutter contre les nationalistes, frappez les japonais si vous le pouvez et attendez votre heure. »

La discussion se poursuivit fort tard dans une atmosphère totalement enfumée, le tabac brun chinois ayant remplacé les cigarettes blondes de Crimée, mais elle tourna vite en rond. L’essentiel avait été rappelé, à savoir qui était le vrai chef de la meute. Staline mettait de l’ordre et donnait ses ordres. Aux Chinois de s’y accommoder.
Foulkinov était déjà par la pensée à Pékin où il devait faire accepter plus diplomatiquement l’offre d’alliance à Tchang Kai Chek.


7 juin 1937


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Le rendez-vous se voulait discret, au restaurant français du Grand Hôtel de Pékin entièrement réservé et vidé pour l’occasion. L’atmosphère feutrée était tout juste brisée parfois par le tintement du cristal en résonance aux bombardements de l’aviation japonaise sur la ville. En effet, trois jours auparavant, les japonais avaient prétexté d’un incident de frontière pour envahir la Chine. Dès le premier jour, des bombardiers japonais avaient lancé quelques bombes de manière assez erratique, aussi bien sur des bâtiments civils et miliaires.
Quoiqu’il arrivât dans cette réunion, Foulkinov savait quels ordres seraient donnés, mais il fallait faire accepter l’alliance avec les communistes chinois avant que Tchang Kai Chek n’apprennent l’Opération Zet.


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Tchang but un peu du bordeaux et se tamponna légèrement la moustache de sa serviette. Les deux hommes étaient seuls à leur table, des officiers d’ordonnance occupant une table du fond de la salle. Ils étaient restés silencieux, se jaugeant.
Foulkinov pensa « 1933, bonne année sans plus, ça ne vaut pas celui de 1929 que j’avais bu quand j’étais passé dans le sud de la France, comment s’appelait cette petite déjà ? »
Le Chinois interrompit sa pensée : « Si je dispose d'une véritable armée révolutionnaire de plus de 600 000 hommes, absolument soumise à mes ordres et placée sous un commandement unique, je me fais fort de trouver une habile tactique pour vaincre ces piètres bandits nippons. »
Mais bien sur… « Je suis en mesure de vous apporter l’assurance du soutien du Parti Communiste chinois… »
« Des rebelles communistes, oui ! Qu’ils se soumettent. »
« Non, comprenez bien, ce n’est pas une soumission, ce n’est pas un ralliement. Mais en échange c’est d’avantage qu’une trêve ou un armistice. C’est l’assurance d’une alliance devant l’invasion japonaise. Une alliance soutenue, informellement certes mais soutenue quand même, par l’Union Soviétique. »
« Quelle confiance pourrai-je accorder à ces va-nu-pieds ? »
« Aucun pacte n’est écrit, mais les actes parleront. Les forces communistes font mouvement vers l’est du Shaanxi pour prévenir tout mouvement tournant japonais et du Mandchoukouo. »
« Sans concertation ? Mais cela entre quand même dans ma tactique. Notre Etat-major et moi-même avons préparé cette invasion de longue date. Nous savons déjà comment nous y opposer. Le plan est simple… »
Déjà l’esprit de Foulkinov se mit à divaguer. Le plat de cassoulet lui rappela cette guinguette de bord de Garonne et les bombes japonaises dans le lointain n’étaient pas sans rappeler le grondement du tonnerre quand cet orage avait éclaté et que cette fille s’était jetée apeurée dans ses bras.
Mais comment s’appelait-elle déjà ?


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Joukov6

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