Madrid, Jour de l'An mil cinq cent vingt-neuf
Le Roi
Don Carlos I n'avait pas vraiment le moral au beau fixe en ce premier jour de l'année. Les treize premières années de son règne n'avaient pas été franchement glorieuses, avec les pertes du Leon, de l'Asturie et de la Galice, de la Cantabrie et du Béarn en Europe, de l'Algérie et de nombreux comptoirs aux Indes (Occidentales, bien sûr).
Du haut de la Sierra Guadalupe il pouvait même par beau temps apercevoir l'oriflamme de Saint-Georges claquant orgueilleusement au vent de Ségovie.
Par cette morne matinée grise de janvier le Roi ruminait de sombres pensées. Ivre de vengeance
Don Carlos n'avait de cesse de morigéner son pusillanime
valido , et finalemnt lâcha la phrase que tous les courtisans attendaient depuis quelques mois déjà:
"Tu as deux heures pour quitter Madrid, et n'y reviens plus jamais."
Révoquer son ministre est une chose, encore fallaait-il en trouver un nouveau. Il se tourna vers un fidèle parmi les fidèles, Joseph:
"Tu étais avec moi lorsque les choses tournaient mal. Tu n'as jamais protesté quand j'ai choisi cet incapable comme ministre. Maintenant je t'offre la chance que tu n'avais jamais eue. Sers l'Espagne comme elle le mérite.
- Oui, Sire."
Mais l'Espagne était en piteux état. Partout les puissants n'en faisaient qu'à leur guise, qui menaçant de s'allier aux Aragonais si le Roi vérifiait de trop près leur loyauté, qui optant pour un appel aux Anglais. Mais tant qu'on les laissait tranquilles ils étaient tout heureux de reconnaître la suzerainneté de
Don Carlos.
Priorité fut donc donnée à la reconquête intérieure. En quelques années les puissants furent mis au pas, années durant lesquelles Autrichiens et Anglais furent convaincus de respecter le Traité de Tordesillas et rendirent la Terre de Feu, la Guadeloupe, Antigua, Saint-Martin, et la Martinique. Quelques comptoirs et colonies assurèrent la mainmise hispanique sur les Petites-Antilles et le siège fut mis devant Porto Rico.
Las le 7 janvier 1534 le félon anglais renia la Vrai Foi et se fit l'adversaire du Pape. Il brisa l'alliance aragonaise, une certaine Catherine étant au centre des discussions... et refusa d'appliquer le Traité de Tordesillas!
Telle félonie se devait d'être payée. Il était temps de lancer la Croisade. Le 9 novembre 1534 un héraut porta au gouverneur de Salamanca la déclaration de guerre du Roi Catholique au Roi d'Angleterre. Après une campagne triomphale le 11 janvier 1438 les Asturies, la Cantabrie et le Leon réintégraient le domaine de la Couronne. Hélas le Roi espérait plus, et en dépit des reconquêtes de Curaçao, de la Jamaïque, de Panama et du Nicaragua sur l'Autriche (qui appliquait sagement le Traité de Tordesillas

) le Roi convoqua Joseph et lui tint ces propos:
"La guerre était gagnée. L'ignoble Hérétique était à genou. Et qu'as-tu fait? Tu n'a même pas repris nos possessions européennes dans leur ensemble. Où sont le Béran et la Galice? Aux mains des Anglais! Je suis déçu de ta largesse qui s'est effectuée à mes dépens. Tu as deux heures pour quitter Madrid, et n'y reviens plus jamais."
Ainsi Joseph repartit pour son Andalousie natale, non sans avoir contribué au redressement de l'Esapgne!