DiodonFR said:
Je suppose que c’est l’enfilade pour cette question. Que c’est il réellement passer au fort William Henry ? Quelle étaient les Indiens qui ont commis le massacre que l’on connaît ?
Si je reprends mon Fred Anderson sur la question, il y avait plus de 2000 indiens rassemblés à Fort Carillon en vue de l'expédition sur Fort William Henri. C'est beaucoup, même pendant cette guerre là.
Ils venaient vraiment de partout (les noms de tribus sont en anglais):
300 Ottawas du Lac Michigan
300 Ojibwas des rives du Lac Supérieur (Chippewas & Mississaugas)
100 Menominees du bas Michigan
100 Potawatomis (meme régions a peu pres)
50 Winebagos du Wisconsin
des Sauk et Fox de l'Ouest
des Miamis et des Delawares du Pays de l'Ohio
10 Iowa, représentant une nation qui n'était jamais venue en Canada auparavant.
En tout 979 indiens du Pays d'en Haut et de l'Ouest et 820 indiens catholiques recrutés dans les missions entre l'Atlantique et les Grands Lacs (Nipissings, Ottawas, Abenakis, Caughnawagas, Hurons-Petuns, Malecites & Micmacs).
33 nations, autant de languages, une aculturation parfois totale avec les Européens. Bref, tous les problèmes de contrôle d'une armée mixte "Français/Indiens" amplifiés encore plus que d'habitude.
Le "massacre" eut lieu parce que Montcalm négocia la rédition du Fort sans consultation aucune avec ses alliés indiens. Il accorda aux Britanniques de partir avec leurs couleurs, c'est à dire, leur enseigne et surtout leurs armes d'infanterie (fusils).
Innacceptable pour les indiens, qui avaient eu des pertes pendant le siège du Fort. Surtout que Montcalm voulait que l'ensemble de la nourriture, de la poudre et du matériel resté au Fort devienne propriété exclusive du Roi de France.
Les indiens ne s'étaient engagés que dans la perspective de saisir soit des biens, soit des prisonniers, soit au minimum des scalps (ils ne recevaient pas de soldes pendant la campagne contrairement aux troupes réglées françaises). Les décisions de Montcalm étaient tout simplement absurdes pour ses alliés. Ils décidèrent donc de les ignorer et de se servir.
Ne trouvant pas grand chose de valeur dans le fort, ils massacrèrent les blessés et les indigents qui y étaient restés (~70, bien peu furent sauvés par les français), puis ils fondirent sur la colonne anglaise qui pensait prendre la route de la retraite vers Fort Edouard en bon ordre.
Le pire de ce qui pouvait arriver (pour les anglo-américains) arriva: Les soldats, dont l'avant-garde était pourtant accompagnée par des Français, paniquèrent lors de l'attaque de l'arrière-garde, et la colonne se disloqua. C'est dans la poursuite qui suivi qu'il y eu le plus de morts et de prisonniers. Quand les Français essayèrent de récupérer les prisonniers, par la force si besoin est, ce fut pire, les indiens préférèrent les scalper plutôt que de tout perdre, augmentant ainsi le nombre de victimes.
Au total, 185 personnes périrent dans le massacre, et entre 300 et 500 furent capturées et emmenées comme prisonniers. Sur ce chiffre, Montcalm réussit à en racheter 200, avant la fin du mois d'Aout, pour un coût moyen de 130 livres et 30 bouteilles de brandy chaque (ce qui est énorme !).
En tout, seuls 200 prisonniers ne rentrèrent jamais chez eux, soit parce qu'ils avaient péri en route, soit parce qu'ils restèrent volontairement comme membre adoptifs des tribus (environ 40), soit pour des raisons inconnues.
Le "Massacre" fut amplifié et déformé dès les premiers anglais arrivés à Fort Edward. Il ne faut pas se leurrer que l'épisode fit par la suite partie intégrante de la propagande Britannique pendant la guerre.
Il est amusant que Bougainville n'en parle pas plus que ça dans son journal (il le mentionne sur un ou 2 paragraphes) mais donne des précisions comme le fait que certains anglais, croyant se garder et attirer les bonnes grâces des sauvages, leur donnèrent de l'alcool (ce qui n'a rien dû arranger).
Les Français n'auront jamais par la suite autant d'indiens d'autant de nations sous leurs ordres. La plupart des tribus ayant été offusquées par l'attitude de Montcalm et de Onontio (les français) en général.
L'Histoire de Fort William Henry c'est surtout ça, côté Canadien: Une formidable alliance gâchée.
Cat