Chapteur tournoi de Sixte de Ting : GOAAAAAALLLLLLLLL !
England 1716-1745
- Vous êtes certain que c’est une bonne idée, Mylord ? gémit Herbert.
- La ferme et tape dans la balle ! C’est à nous d’engager, je t’ai expliqué cent fois, bordel !
Dans la poussière rouge devant le fort de Ting les deux équipes se faisaient face. Short jaune poussin, chaussettes et maillot rose : l’équipe emmenée par Lord Klou comptait dans ses rangs un Herbert aux jambes grêles que démangeait l’absence de sa plume d’autruche et ne sachant pas quoi faire du ballon blanc en caoutchouc à ses pieds. Derrière eux le milieu de terrain se composait de Frensko, qui avait le plus grand mal à courir sans trébucher sur sa longue barbe, et d’Edward La Hache qui tanguait en proie au mal de terre. Lord Disturbed faisait office de libéro et se tenait dans la mauvaise direction, face au gardien de l’équipe : Lulu. Leurs adversaires avaient bien protesté devant cette répartition : Lulu emplissait près des deux tiers du but improvisé, mais lorsqu’elle avait remonté les manches de son maillot pour retrousser ses jambons d’un air furibard ils n’avaient pas insisté.
De l’autre côté l’équipe emmenée par le Dictateur Joukov, short gris, maillot noir et chaussettes assorties, dans le cas du capitaine un bavoir gris complétait l’équipement. A ses côtés se tenait un Yoric vociférant, impatient de marquer, qui avait déjà fait craquer son maillot aux épaules en s’échauffant. Il faut dire que son échauffement consistait à faire du lancer de troncs d’arbres. Au milieu de terrain Izverybad cliquetait de toutes ses chaînes et gourmettes, il avait taillé son maillot en V pour bien montrer sa moumoutte, avec lui le roi du Portugal Zalder y Zalder, en butte aux regards assassins d’Herbert. En libéro le sultan Izno n’arrêtait pas de beugler des encouragements à sa cliquetante progéniture : « Vas-y mon fils ! C’est toi le plus fort, hein ? Tu va leur marquer but sur but ! Yallah ! ». Dans les buts Bébé Ours avait eu le plus grand mal à lâcher son sabre d’abordage. Il avait fini par y renoncer si on l’autorisait à arborer une tête de mort sur son maillot noir : nostalgie quand tu nous tiens…
Les deux équipes face à face
Sur le banc des remplaçants on trouvait bien évidemment Dan La Ruine. En slip. Il avait du revendre son maillot et son short pour couvrir ses frais. Dans les rangs des spectateurs on trouvait la maigre garnison du fort de Ting, et Charles Darwin qui prenait des notes en hochant de temps en temps la tête d’un air ébahi devant la folie de ses contemporains. L’arbitre, le Tzar Imrryran, en tenue de safari mais arborant sa sempiternelle chapka en fourrure d’ours, vous savez celle avec le compartiment secret pour la flasque de vodka ? Donc l’arbitre s’apprêtait à siffler le coup d’envoi, quand tout à coup surgit un tourbillon de plumes, de jupettes et de pompons : Zaza, flanqué de Congelacion et d’Epilacion venues jouer les pompom girls. Elles commencèrent leur ballet en chantant :
- Donne-moi un R !
- Oouuk !
- Donne-moi un O !
- Oouuk !
- Donne-moi un S !
- Oouuk !
- Donne-moi un E !
- Oouuk !
- Donne-moi un S !
- Oouuk !
- LES ROSES !
- Oouuk ! Oouuk !
Le tourbillon s’éloigna sous les applaudissements. L’arbitre siffla le début du match.
Vous préférez Epilacion ?
Ou bien Lulu et ses copines des Tonnes-Tonnes Girls ?
- Merci chers spectateurs de suivre avec nous la première manche du fameux tournoi de Sixte de Ting qui en est déjà… euh… et bien à sa toute première édition. Alors là, Fannou, on assiste à une rencontre assez peu technique, ce qui est somme toute normal pour un sport que l’on vient d’inventer, mais d’un très haut niveau physique en revanche.
- Ah ça mon petit Marius, pour être engagé c’est du match engagé. Ohla je vois Lord Klou qui vient de faire un boomerang au Dictateur Joukov.
- Superbe action de jeu, Fannou, mais attention s’il vient de dribbler Izverybad je vois Yoyo lui foncer dessus…
- Enfin dribbler c’est vite dit, mon petit Marius, je crois plutôt qu’il a jeté une babiole en or que le jeune turc s’est empressé de ramasser mais oulaha, il a avalé la casquette là !
- Stoppé net par le baron de Clorique d’une manchette en pleine poire. C’est le coup franc indiscutable que va siffler l’arbitre. Lord Klou se relève péniblement… il cherche visiblement la garde de son épée… ah il semble revenu à lui… il place Frensko dans le mur… coup-franc indirect donc Ed, Herbert et Lord Disturbed sont montés…
- Superbe frappe enroulée directement sur la tête d’Herbert… enfin directement dans la tête plutôt… ah je vois la soigneuse qui s’approche : ce n’est autre que la fiancée de Lord Klou, Mademoiselle La Mort… je ne sais pas ce qu’elle lui a fait mais Herbert se relève aussitôt…- Té, à sa place je me relèverais aussi ! Ah mais l’arbitre siffle à nouveau : il s’est passé pas mal de chose dans la surface de réparation où Lord Disturbed et Frensko se sont écroulés…
- Le ralenti est formel, mon petit Marius : si Frensko est tombé en marchant sur sa barbe en revanche c’est le sultan Izno qui a noué ensemble les lacets de Lord Disturbed, provoquant ainsi sa chute… une petite blague pas méchante…
- Pas méchante Fannou mais commise en pleine surface de réparation : l’arbitre désigne le point de pénalty… Lord Klou s’avance le ballon sous le bras… il le pose… oulahlah je voudrais pas être à la place du gardien Bébé Ours, vous avez vu ce regard Fannou ?
- Ouais mon petit Marius, c’est limite limite, surtout avec le pianotement des doigts dont on sait bien ce qu’il signifie… d’ailleurs l’arbitre lui ordonne d’arrêter l’intimidation et de tirer…
- Il va avoir du mal à arrêter quoi que ce soit ce pauvre gardien, avec ses genoux qui jouent des castagnettes… Lord Klou s’élance… Fan de Chichourle ! Cette patate !
- Hé beh, mon petit Marius, heureusement qu’il y a pas de filet parce qu’un tir comme ça l’aurait méchamment transpercé. Bébé a eu la présence d’esprit de se jeter à terre pour ne pas se faire trouer la tête… on va chercher un nouveau ballon car celui-là doit être sur orbite… 1 à zéro pour les Roses…
Marius et Fannou en plein commentaire
- L’équipe grise engage… Joukov passe à Izverybad… qui redouble avec Joukov… aile de kookaburra sur Lord Disturbed… passe à Zalder qui est démarqué… il dribble Ed revenu en position défensive… il s’apprête à tirer… tacle d’Herbert, à la limite de la régularité… pas sûr qu’il ait joué le ballon, là…
- A la limite vous en avez de bonnes mon petit Marius ! Il faudrait inventer un terme nouveau pour un tacle comme ça, après le marquage à la culotte je dirais le tacle à la culotte : un pied glissé au sol pour faucher la cheville et le deuxième à hauteur des joyeuses… m’étonnerait beaucoup qu’ils partent en vacances ensemble ces deux-là…- L’intervention de la soigneuse n’a rien changé, il doit être sévèrement touché… on l’emporte hors du terrain plié en deux… Dan lui pique son maillot au passage et fait son entrée en jeu, poste pour poste… carton rose pour Herbert qui n’aurait pas dû jubiler aussi ouvertement et nouveau coup-franc, en faveur des Gris cette fois…
- Yoric s’apprête à le tirer directement… il shoote… droit sur Lulu qui fait un très bel amorti de… euh… faute de terme plus approprié on dira de la mamelle… elle relance à la main sur Lord Disturbed… qui passe à Ed… qui se fait subtiliser le ballon par Joukov… passe à Dan… une-deux en fait… feinte de tir de Joukov qui passe en retrait pour Izverybad qui arrive lancé… superbe intervention de Lord Disturbed qui lui subtilise le ballon… qui se replie vers son but… et… … alors ça ! Il… il a mis… un but contre son camp ! Très beau tir dans la lucarne au demeurant mais Lulu ne semble pas de cet avis et ça chauffe pour les abattis du tireur… voila la plus surprenante des égalisations…
- Ah ça vous pouvez le dire, mon petit Marius… sur ce l’arbitre siffle la mi-temps… le temps d’une petite pause publicitaire et nous nous retrouverons pour la deuxième manche.
Ding-dong
- Oh mais qui peut bien sonner à ma porte ? Se demanda Herbert en allant ouvrir
- Bonjour mon Herbichou, smack, smack fit Zaza dans une entrée de star en se dandinant exagérément.
- Zaza c’est fantastique, s’exclama Herbert contemplant le derrière de son ami : ta plume d’Autruche resplendit et te fait des fesses éclatantes de santé. Comment fais-tu pour lui conserver cet éclat ? On dirait qu’elle est neuve !
- C’est normal Herbichou : elle EST neuve. J’en change tous les jours grâce au contrat one-day de Culcunu™ (Klou Incorporated). Et j’ai toujours le derrière éclatant.
- Haaaaaaaaa (admiratif)
(Voix off : toi aussi tu veux que les gens se retournent sur tes fesses ? Tu veux avoir le teint éclatant d’une star comme Zaza ? Alors adopte le contrat one-day de Culcunu™ et ce sera tous les jours la Gay Pride !).
- Ah chers spectateurs, vous revoilà… euh… il s’est passé quelque chose d’assez étrange pendant la pause publicitaire… euh… comment dire…
- Pas la peine de mâcher vos mots mon petit Marius : ces pignoufs avaient soif et ont décidé de prolonger la deuxième mi-temps au bar. Si ça continue encore un peu ils vont passer directement à la troisième. Donc à la mi-temps du match : 1 partout entre les Roses et les Gris. Moi je vous le dit carrément : m’étonnerait que ce sport soit promis à un grand avenir…
Marché de Shangaï
- Combien pour les vases en porcelaine ? C’est pour offrir, demanda Lord Klou.
- L’honorable client venu de la riante terre des Angles a le goût raffiné des hommes supérieurs…
- Ouais c’est ça Chang, on lui dira. Alors combien ?
- Regardez la finesse exquise du dessin : la grâce délicate d’un vol d’hirondelles…
- Combien ?
- Un prix aussi léger que le plus insignifiant insecte, un grain de poussière pour la bourse garnie de somptueuses pièces d’or de l’honorable cli…
Lord Klou excédé, se tourna vers son aide de camp :
- Dis-moi Herbert, dans les traités avec ces niakoués de mes deux ya pas une clause qui me permet de couper des têtes ?
- Euh… je ne crois pas Mylord.
- Et on peut abréger, là ? Il me fatigue avec ces chinoiseries.
- Bah, c’est un peu normal quand même, on est à Shangaï.
- Tu sais qu’avec toi j’ai pas besoin de clauses ?
- Je… euh… je vais regarder les soieries avec Zaza et Lulu.
Herbert s’éclipsa discrètement. L’âpre négociation se poursuivit.
- Si l’honorable client désire acquérir cette œuvre d’art unique, fruit du travail et de la science du vénéré maître artisan Kô Lu Tchi, il ne lui en coûtera que la bagatelle de douze malheureux ducats…
Le très honorable et vénéré Maître Kô Lu Tchi, vêtu à la dernière mode de Londres
- QUOI ? Mais ça me coûterait dix fois moins d’acheter des porcelaines japonaises ! Je t’en propose trois ducats parce que je suis de bonne humeur, mais je sens que ça va pas durer.
- Si l’honorable client désire négocier il sait bien que seule la quantité permet d’abaisser les prix d’un produit de qualité. Et il offense grandement nos vénérables artisans à comparer leur exquis labeur aux grossières poteries de ces barbares insulaires. Ainsi s’il est disposé à acquérir dix pièces je lui consent à 110 ducats le tout.
- 40 !
- 110 !
- 50 !
- 110 !
- Tu sais que c’est mon épée que j’appelle Négociation ?
- Nous sommes en Chine ici, honorable étranger au teint délicat de fromage blanc. Nous ne craignons pas les vaines menaces. Le Maître Kô lu Tchi l’a dit « Dans un œuf il y a du blanc et du jaune. Si on le mélange, il ne reste que du jaune. » 110 ducats.
- Je vais t’en raconter une autre moi, puisqu’on fait dans l’omelette : prends un œuf et une pierre. Si l’œuf tombe sur la pierre, malheur à l’œuf. Si la pierre tombe sur l’œuf, malheur à l’œuf. Tu l’as pigée celle-la, crâne d’œuf ?
- 110 ducat, honorable barbare…
Zing !
- Merde ! C’est parti tout seul…
Lord Klou contempla incrédule son épée Négociation et le corps étêté du vieux Chang qui s’écroulait. Au bruit familier de l’épée ses compagnons vinrent le rejoindre avec une réprobation visible.
- Euh… je crois que je viens de déclarer la guerre à la Chine. Tous au bateau. Vite.
Cabine du capitaine, vaisseau amiral de la flotte Anglaise d’Orient : Le Culpidon.
Lord Disturbed, en proie à son habituel tic oculaire, se tenait au garde-à-vous devant son général. Enfin ce qu’il prenait pour un garde-à-vous c’est-à-dire dans la position du tirailleur Sénégalais sur un nid de fourmis rouges.
- Arrête de gigoter et assieds-toi. Tu te souviens pourquoi je t’ai nommé Chancelier de l’Echiquier ?
- Parce que Kasparov était déjà pris par les Russes, non ?
- Mais non ! Je t’ai demandé de me trouver des raisons pour cogner sur tout ce qui bouge. Des Casus Belli quoi. Parce que là je viens de déclarer la guerre à la Chine, tu vois et hum… il me faudrait une raison.
- Facile ça : on avait garanti les pingouins et ils viennent d’attaquer la Chine.
- Quoi ?
- Enfin, je veux dire : les Chinois viennent de les attaquer.
- Les pingouins ? On protège des espèces de poulets marins ? Tu te fous de moi ?
- Euh… non… je me trompe c’est pas le bon nom… c’est un autre bestiau, euh… qui vit aussi sur la glace comme le pingouin…
- Les manchots ?
- Voilà ! Les Chinois ont attaqués nos amis manchots, c’est vraiment dégueulasse de s’en prendre à des gens qu’on pas de bras si vous voulez mon avis…
- Ce serait pas plutôt les Mandchous dont tu me parles ?
- Voilà ! Les pauvres gens quand même, tout un peuple sans bras… je me demande comment ils font pour jouer au baby-foot…