J'aimerais revenir avec Joukov sur la question du coût de la colonisation, pour la France uniquement, je ne dispose d'aucuns chiffres sur la colonisation de l'Allemagne ou de la Norvège.
J'ai fait quelques recherches, et l'analyse de Jacques Marseille,professeur à la Sorbonne et auteur de
Empire colonial et capitalisme français. Histoire d'un divorce,1984,
Albin Michel m'apparait intéressante.Je reviendrais également sur P.Bairoch, que quelqun a cité précédemment.
Tout d'abord, le coût de la conquête fut, comme il a été dit, dérisoire.Il est estimé à 1milliards de francs de l'époque (la valeur du franc ayant peu variée pendant toute la période de la conquête coloniale de la fin XIX), 1 milliards de franc cela représentait l'équivalent de trois années de subvention à l'industrie ferroviaire (environ 300 millions par an entre 1910 et 1914), ou encore deux années d'impôt indirects sur les boissons (500 millions en 1900). Tout ça pour dire qu'en comparaison avec le budget de l'Etat, la conquête ne représente vraiment pas grand chose.
Maintenant, la colonisation en elle-même:Les colonies étaient sensées s'autofinancer (depuis une loi de 1900), ainsi elle financaient elles mêmes les gendarmes, l'administration, la maintenantce, le remboursement des emprunts... De sorte qu'on estime que l'ensemble des dépenses coloniales de la métropoles ne représenataient que 6 ou 7% du budget total de l'Etat. La colonisation n'était donc pas ruineuse pour le contribuable.
Cela exclut les placements effectués en achetant des emprunts émis pas les colonies, mais il s'agit là d'un choix, et non d'un coût. De plus, ces investissements seront somme toute plus rentables que les emprunts russes ou ottomans.
Considérons maintenant les effets économiques. En 1913, l'Empire est le 3ème partenaire commercial de la métropole derrière le RU et l'Allemagne, en 1928, il devient le premier. L'Empire a l'avantage d'être un partenaire sûr, les relations internationales n'influant que peu.Ensuite, l'Empire est un débouché non négligeable, en 1930, il absorber 50% des exportations de tissus, 60% du ciment etc...
Il constitue également un champ d'investissement important des capitaux français, puisque si l'on compte les émissions d'actions d'entreprises coloniales cotees en Bourse, les emprunts des gouvernements... on arrive à 6.25Milliards de francs. C'est la troisème destination des capitaux français à l'étranger, derrière la Russie et l'Amérique latine.Le actionnaires qui avaient misé sur les sociétés coloniales ne l'ont pas regretté, ainsi, la Banque d'Indochine réalisait un taux de profit de 65% en 1913 par exemple.
A la veille de la décolonisation, les colonies représentent 40% du commerce extérieur de la France et la moitié des capitaux exportés.
Quand on regarde de plus près, on s'aperçoit que la colonisation a un poids considérable dans les branches motrices de l'économie français pré WW1, comme le textile, l'industrie alimentaire, la métallurgie.En ce sens, le marché colonial joue un rôle majeur dans la croissance française des années 1880-1913, rôle qui s'accroit dans l'entre deux-guerres.
Cependant a partir des années 1930, l'économie française entre en mutation, les branches autrefois motrices deviennent déclinantes par rapport à l'automobile par exemple, de plus, l'investissement public qui remplace le privé, retarde la modernisation des industries en déclin en rendant le marché colonial artificellement solvable.
Ainsi, on peut dire que l'Empire est un moteur de la dynamique de la croissance de 1880 à 1930, et un frein après, c'est pourquoi sa perte ne fut pas trop dommageable économiquement.En fait, il vaudrait mieux déterminer quelle colonie remplit pour un temps déterminé un fonction positive pour une branche de l'économie française que d'essayer de répondre globalement à la question de l'utilité de la colonisation.
PS

our en revenir à P.Bairoch,il soutient que l'Occident ne doit pas son développement économique à la colonisation, d'une part parce que les colonies ne jouent pas un rôle majeur dans l'industrialisation anglaise, d'autre part parce que le Tiers monde ne constitue pas un débouché important pour les
productions manufacturières, le Tiers Monde n'absorbant selon lui que 6 à 8% de la production anglaise. Le problème c'est qu'il identifie le tiers monde au ex-colonies et les pays développés de l'époque aux ex-colonisateurs.Surtout, un leger écart dans le pourcentage peut avoir un effet multiplicateur, ce que montre David Landes,
Richesse et pauvreté des Nations,2000, pour qui les gains générés par la colonisation permirent une
accélération du processus de croissance. Pour lui, la colonisation du XXème n'eut au contraire aucune utilité.
En espérant que ça soit pas trop indigeste
