boultan said:
Bon, j'ai pas dit que j'étais d'accord avec tout...j'ai pas dit non plus que c'était l'avis définitif sur un film que par ailleurs j'ai beaucoup apprécié...
Cependant:
boultan said:
Je me permets la mise en garde suivante : Un efficace travail de fond du service de presse du film et/ou de l'auteur risque de nous faire partir bille en tête sur l'idée que le film a effectivement choisi la voie de l'objectivité et du récit pur. On serait en présence d'une sorte d'approche "glenngouldienne" du cinéma - juste les notes - sans diabolisation ni angélisme et donc ce film serait a priori intouchable au niveau historique.
J'étais aussi sur cette longueur d'onde avant d'avoir vu le film et prêt à le défendre sur l'autel de la liberté et de la vérité. Mais cette revendication d'objectivité ne tient pas longtemps à l'analyse et c'est là que cela devient très intéressant.
faux : le service de presse expliquait en long, en large et en travers que le film reposait essentiellement sur le témoignage de la secrétaire et ne prétendait pas à l'objectivité, si tant est que cela ait la moindre signification pour une oeuvre de cinéma....
1- quand je suis rentré dans la salle, personne n'a vérifié que j'avais lu le dossier de presse, ou même un avertissement sur le "point de vue " du réalisateur. Et lui, il a mal lu... :wacko:
Maintenant, je suis tout à fait d'accord pour dire que celui qui va voir ce film sans rien lire avant [comme on va voir le dernier Schwartzie] c'est lui qui a un problème...
Bon, c'est vrai aussi que le film commence par une partie de l'interviex de Traudl...
Encore une fois, faut-il indiquer avec un panneau ce qui se passe pour être sur que les imbéciles du fond suivent ???

o [c'est peut-être ca aussi le débat.]
boultan said:
On est mal à l'aise avec un film sur la fin d'Hitler et de son entourage le plus proche politiquement, qui a pris la décision de ne parler que des malheurs des "pauvres" Allemands et de l'absence de responsabilité du peuple allemand (qui a quand même mis Hitler au pouvoir) de l'absence de responsabilité de l'entourage d'Hitler (et là il faudrait parler du cas de Himmler et Speer). Il faut se souvenir que c'est dans les derniers moments du Reich que les pires décisions ont été prises (marches de la mort etc) et on voudrait nous faire gober l'idée d'une sorte de ruche quasi familiale et non concernée par les évènements.
On n'a pas vu le même film alors. La responsabilité du peuple allement apparait constamment, ne serait-ce qu'à travers les imprécations d'Hitler ou la crise de conscience de la secrétaire. Quant aux "pires décisions", elles ne sont nullement éludées : voir les scènes où l'on sacrifie des gamins de la Volksturm pour défendre un tas de ruine, avec 3 panzerfaust contre une division blindée russe entière.....
Non, la responsabilité du peuple allemand n'apparait pas toujours clairement: sa responsabilité la plus reconnue, c'est celle d'avoir voté pour Hitler. Les Volksturm qui se battent contre les chars russes ne sont pas victimes, ils sont acteurs également. C'est trop facile de dire que tout est de la responsabilité d'Hitler et de ses SS., de dire que les Allemands ont suivi parce qu'ils ont été forcé...
Evidement, on ne va pas non plus enfoncer les Allemands: ne pas reconnaitre toute sa responsabilité est un mécanisme de défense psychologique de base: les atrocités commises sont tellement grave, et il faut bien vivre alors on se dit que c'était les autres, les évènements, la jeunesse etc...
C'est d'ailleurs ca le message de Traudl Junge: pendant longtemps elle s'est convaincue de "ne rien savoir" [n'aurait-elle tapé que la correspondance amoureuse du Fuhrer ???] cependant, un jour à Berlin en passant devant le monument d'une jeune femme, opposante lors de la montée au pouvoir de nazis et assassinée par eux, elle se rend bien compte que : "la jeunesse n'excuse pas tout".
Donc, certes, la responsabilité du peuple allemand est reconnue, mais peut-être pas trop soulignées [en même temps, seuls les imbéciles vont soutenir la thèse du peuple allemand "victime"...]
Quant "aux pires décisions", il s'agit de l'évacuation des camps de concentration au fur et à mesure de l'avance soviétique, de l'accélération de l'extermination, etc...Encore une fois, ce ne sont pas quelques dizaines de SS qui se sont chargés de ca.
[entre parenthèse, il est aussi trop facile de charger toute les fautes sur les Allemands, ils ont été aussi vachement aidé par "les collabos": Vichy, la police d'Anvers, les nazis wallons et flamands etc...]
Quant aux "personnages" [Himmler, Speerle, ...] si on ne les a jamais vu, si on n'a jamais rien lu... et bien on ne comprend pas trop bien pourquoi ils sont là et ce qu'on leur reproche...
Evidement, c'est le plus terrible paradoxe du film et de notre société: si un réalisateur décide de faire un film sur Lady Di ou sur Britney Spears, personne ne se posera de question sur les seconds rôle, on connaitra tout de tout. Mais quand c'est un film sur les nazis, 75% de la population ne sait pas de qui on parle
boultan said:
- Hitler et Goebbels sont grandement montrés hors contexte. Ils sont déconnectés des malheurs qu'ils ont provoqués. La fin du Reich fut la pire période du régime. C'est à ce moment par exemple que les ordres d'extermination les plus durs furent donnés. C'est à ce moment que des camps dont celui de Sachsenhausen à 30 km du bunker furent " nettoyés " par des marches de la mort.
Il y a bien dans le film la démonstration de l'horreur de l'enrôlement des vieux et des enfants de Berlin par Hitler. Mais c'est aussi une manière de souligner que le peuple allemand " victime " souffre.
Ce n'est pas un film sur la shoah... Et puis, je ne vois pas ce qu'il y a de choquant à rappeler que le peuple allemand a énormément souffert......
Oui, le problème est le suivant: est-on sûr que tout le monde associe Hitler et la Shoah dans son esprit ???
Je ne sais pas, j'éspère me tromper et accorder une trop belle victoire aux révisionnistes et autres négacionnistes...
Sinon, le peuple allemand a certes souffert, mais il est le responsable de ce qui s'est passé...il pouvait faire autre chose...l'histoire n'est pas "déterminée"...le libre arbitre ca existe [d'ailleurs c'est contre lui que les nazis se battent]
boultan said:
- D'autre part, on a du mal à gober que cette secrétaire qui a côtoyé Hitler de 1942 à 1945 et qui a donc assisté aux discussions des plus grands dignitaires n'ait pas perçu une once de malignité dans tout cela. Elle dit n'avoir eu conscience des horreurs du régime qu'après la capitulation.
Dans le film, elle prend en sténo le testament d'Hitler. A un moment Hitler mentionne qu'il est victime d'une conspiration juive. On voit alors Mlle Traudl Junge se dédouaner en fronçant les sourcils. J'ignore d'où le cinéaste tient la réaction de la jeune fille. En tout cas il y a là une contradiction entre le fait qu'elle ait manifesté sa réprobation à ce moment et le fait qu'elle prétend n'avoir été mis au courant des dangers du nazisme qu'après la capitulation..
La dernière scène du film explique tout cela très bien... C'est comme de croire qu'il y avait 50 millions de collabos en France en 40 et 50 millions de résistants en 45... C'est un tout petit peu plus compliqué que cela !
......
Moi aussi le rôle de la secrétaire me pose des questions : on dirait qu'elle est choquée par ce que lui dicte Hitler [alors que dans la réalité elle l'a dit, elle trouvait cela normal à cette époque]
En fait, j'ai l'impression que la secrétaire est le personnage auquel c'est identifié le scénariste [et auquel il veut que le spectateur s'identifie pour "entrer" dans le film]
Maintenant, je ne dis pas qu'elle ne s'est jamais posée de question durant la guerre, mais en tout cas, c'est toujours son côté "collabo" qui l'a emporté...