Dixième extrait:
Rencontre au sommet
Tiré de la collection: Moments déterminants de l'histoire allemande.
Plusieurs dignités du landgravat de Hesse s'étaient réunies en ce froid matin du 17 février 1619 au château du roi Moritz... La salle dans laquelle ils se trouvaient était illuminée de flamboyantes bougies, et l'effet de la brillante lumière sur les lustres et les peintures attribuait à la pièce une allure jusqu'à un certain point féérique. Un splendide et imposant buste du roi Moritz trônait dans un coin de la salle, perçant du regard les invités de Feschen. Comme on pouvait s'y attendre, immédiatement à la droite de Feschen se trouvait l'esclave à la peau d'ébène mini-Apwebe, descendant du célèbre Apwebe. À quelques pas plus loin, se trouvait A-Lien, le cousin de Feschen, dont la présence avait suscité bien des bouleversements au sein de la Hesse. Un peu plus loin, Vehp XXXIX, descendant d'une famille de nobles autrichiens s'étant démarqué sur les champs de bataille (spécialement lorsque venait le temps d'écorcher les paysans). Enfin, un peu en retrait, se trouvait un homme que les autres convives n'avaient jamais rencontré auparavant... Homme de petite taille aux formes généreuses, dont le visage était souligné par quelques rides et un menton proéminent, il imposait le respect aux autres membres de l'assemblée, tant par son habillement raffiné que par la certaine hauteur qui émanait de lui.
Ce fut Feschen qui, le premier, s'éclaircît la voix et débuta la conversation...
Feschen: "Bonjour, gentilshommes. Comme vous le voyez, je ne suis pas resté inactif pendant mon voyage autour du monde. Lors d'un séjour à Rome, j'ai fait la connaissance d'un noble romain, le comte Oexmelius. À ma demande, il sera présent parmi nous pour une période de temps indéterminée, afin de nous faire part des enseignements italiens en matière de gestion d'un royaume."
A-Lien: "C'est pour moi un honneur de faire votre connaissance, m'sieur Oexmelius. Rome est loin d'ici, si je puis me permettre, et le voyage est long et précaire. Vous savez, tous ces brigands sur les routes... Mais je vois que vous êtes très légèrement vêtus; vous devez avoir été éprouvés par notre terrible hiver."
Oexmelius: "L'oiseau dont le froid aura eu raison chutera de sa branche sans jamais ne s'être plaint de son sort."
A-Lien, adoptant un air intéressant: "Très juste, en effet. J'ai également entendu dire qu'une marmotte, lorsqu'elle tombe d'un arbre, garde toujours la bouche ouverte."
Ne sachant trop quoi répondre à cet énoncé quelque peu déroutant, les délégués se turent pendant d'interminables secondes.
Feschen: "Hum... Tu as peut-être raison. Mais ne perdons pas de temps; nous devons entrer dans le vif du sujet. Poussés par nos alliés, Venise, nous avons récemment dû déclarer la guerre à l'empire ottoman. Or, nos dernières actions militaires ne se sont pas révélées particulièrement fructueuses; nous aimerions en apprendre davantage sur les technique de nos amis italiens."
Oexmelius: "J'aimerais en tout premier lieu que vous me détailliez vos stratégies offens..."
Vehp XXXIX: "CHHHHAAAAAARRRRRRGEZZZZZZZZZZZ!!!!"
Feschen: "Bref... Nous adoptons une stratégie essentiellement offensive..."
Oexmelius: "La ruse, mon cher, est une manoeuvre autrement plus efficace. Les mots s'avèrent bien souvent plus redoutables que les mousquets."
A-Lien, désirant probablement rattrapper son précédent et peu glorieux commentaire: "N'est-ce pas d'ailleurs Sun Tzu qui relatait, dans son Art de la guerre: "Il ne faut pas avoir peur de faire un virage à 360°"?"
Oexmelius semblait bien peu impressionné par les interventions de A-Lien. Feschen dut de nouveau intervenir afin de rétablir la situation...
Feschen, avec un rire forcé: "C'est ce qui fait qu'on l'aime tant, ce A-Lien; toujours si imprévisible... Ahem. Un autre point d'interrogation; après plusieurs décennies d'hostilité envers les Saxons, il semble que nous soyions désormais en mesure de coopérer; nous sommes partenaires au sein d'une alliance, et nous avons maintenant scellé le mariage de la fille du roi Moritz avec un prince saxon. Toutefois, nous reluquons toujours la riche province d'Anhalt. Que nous proposez-vous dans cette situation?"
Oexmelius: "Je vous répondrai en vous relançant la balle; quelles sont vos dispositions envers ce gênant voisin?"
Vehp XXXIX: "PAS DE QUARTIEEEEER! BRIIIIISEZ LEURS LIGNES! PASSEZ-LES AU FIL DE L'ÉPÉE!!!"
A-Lien: "C'est vrai, après tout; ces Saxons sont si impolis et impertinents..."
Feschen, tentant tant bien que mal de sauver la situation: "En résumé, nous aimerions leur donner une leçon d'humilité."
Oexmelius: "Je ne sais trop que dire; pourquoi, tel que nous l'enseigne la brillante Reconquista, ne pas s'allier à des voisins conservant une certaine haine envers la Saxe, afin de l'isoler et d'éventuellement la dépouiller de ses parties vitales?"
A-Lien, y allant d'un dernier effort: "Semble-t-il que la grenade est un fruit très populaire en Espagne par les temps qui courent; on dit qu'ils se sont même battus pour savoir qui allait bénéficier de ce fruit..."
Vehp XXXIX: "À L'ATTAAAAAAQUE!"
Le seigneur Oexmelius bondit de sa chaise, écumant de rage.
Oexmelius: "Quelle monstrueuse perte de temps! Vous n'êtes que des individus abjects, des être méprisables! Vous ne valez pas mieux que ces insectes que nous écrasons du bout de la semelle, chez nous à Rome! Vous tentez de diffuser une image gracieuse de vous, et pourtant, vous êtes restés des barbares sans imagination aucune au plus profond de votre conscience! Ce landgravat n'est qu'une comédie, une mascarade... une dérision! Vous cuirez en enfer, écervelés que vous êtes!"
Sur ce, il claqua les talons et s'en fut dignement, pour ne plus jamais être vu en Allemagne. Désemparé mais soulagé, A-Lien se pencha vers son voisin et lui confia...
A-Lien: "En bout de compte, on s'en est plutôt bien tiré, pas vrai?
Vehp XXXIX: "Assez perdu de temps! J'ai des Turcs à maltraiter!"
Quelques secondes plus tard, mini-Apwebe s'approcha de Feschen...
Apwebe: "Poulquoi avez-vous invité ce Oexmelius, monseigneu'? Poul sa statule, sa plestance, son savoil...?"
Feschen: "Rien de tout cela, mon cher mini-Apwebe. C'est juste que je trouvais qu'il a un nom tout à fait hilarant."
PS: Désolé, cet extrait est un peu long... Je crois qu'il en vaut tout de même la peine...
