Quatrième extrait: Un virage à 360°
Vers 1515, Feschen sentit la lassitude le gagner. Depuis la campagne victorieuse de Clèves, rien ne se produisait. Un poids invisible semblait sans cesse l'oppresser, le privant ainsi de l'énergie nécessaire à la relance de son royaume...
Extrait du journal intime de Feschen, 19 juin 1518:
J'ai le coeur rempli de joie. Vraiment. Ça fait six mois, et je suis toujours tout aussi enchanté par l'arrivée sur mes terres d'un explorateur. Ce colonel Rhein est venu me voir au milieu du mois de janvier, me disant qu'il était prêt à s'emparer de nouveaux territoires au profit de Sa Majesté. "Imbécile heureux, que je lui ai répondu. Que veux-tu explorer? On est en plein milieu de l'Allemagne; d'un côté, il y a la France, et de l'autre, la Russie. Tu vas aller où comme ça, en plein milieu de Rome? On rit de moi. Il y aurait toujours l'Amérique, mais encore là, on ne possède pas de bâtiments, et même pas d'accès à la mer. Tu vas y aller comment, à la nage? (Levant le poing vers le ciel.) Vous allez me payer ça un jour!" L'explorateur n'est plus revenu me voir de son vivant.
Et il y a toujours ce prêt qui assêche sans cesse nos finances. On me demande de payer 3,5 ducats mensuellement; c'est à peine si ça représente mes revenus annuels... Et cet imbécile de roi, Philipp I, qui dit que tout va bien; c'est ça, pitoyable personnage, c'est utile de marier sa 26ième fille à un prince de Toscane alors qu'on est même pas capable de payer ne serait-ce qu'une forteresse sur notre propre territoire. Sans moi, il serait probablement pendu par les pieds à l'heure qu'il est. Petit pays insignifiant.
Le prêt fut finalement chose du passé en 1522. Cette date marqua un renouveau au sein du gouvernement de Hesse; une nouvelle alliance avec Cologne, le Palatinat, Thuringe et Baden fut convenue en 1524, puis des legal counsel furent promus à Munster et à Clèves de 1530 à 1533, et enfin, on entreprit à partir de 1536, et ce, jusqu'en 1545, un important programme de fortifications des principales villes du landgravat, c'est-à-dire Clèves, Munster et Kassel. En 1537, le pays forgea une nouvelle alliance, cette fois-ci avec Cologne et le Palatinat. Se demandant quoi faire ensuite, Feschen, comme toujours, demanda conseil auprès de son fidèle conseiller...
Feschen: "Mon brave Apwebe, je désire fortement annexer l'Anhalt saxon, afin de m'approprier leur académie des Beaux-Arts._.. Est-ce que le risque en vaut la chandelle, ou peu importe ce qu'est l'expression?"
Apwebe: "La décision, votle Honneu', vous levient, comme toujoul".
Feschen: "Ça me semble une suggestion éclairée. Je vous remercie infiniment, Apwebe."
C'est ainsi que le 23 août 1544, Hesse, en compagnie de ses alliés (Cologne et Palatinat), déclara la guerre à la Saxe, alliée à Thuringe. Prenant les troupes de Philipp I de vitesse, une troupe d'invasion composée de Thuringiens et de Saxons mit le siège devant Kassel (en Hesse), mais une maladie qui se propagea parmi les combattants fit de cette armée une proie facile à la division du roi Philipp I, qui bien qu'inférieur en nombre, les vainquit sous les murs de la capitale, Kassel, en février 1545. Au même moment, Thuringe fut assiégée par une armée palatine, qui s'empara de la ville; l'Électeur contraignit les Thuringiens à accepter la paix en retour d'une forte somme d'argent. Ils envahirent ensuite la Saxe (et du même coup, la capitale, Dresde), pendant que les troupes de Philipp I mirent le siège à Dessau, en Anhalt, après une nouvelle victoire face aux Saxons du duc Moritz. Le duc, pris au piège, fut forcé de se rendre en Hesse où il fit le siège de la ville avec les débris de son armée (20000 hommes). Dresde tomba en avril 1545, puis ce fut le tour de Dessau, le 29 septembre. Voici un aperçu de l'euphorie qui s'empara de Feschen au moment de la chute de la ville, consacrant son succès...
Extrait du journal intime de Feschen, 3 octobre 1545:
!%"%$&?%!$*&%"$&?%"$!!!!!! Sacrament! Bâtard, mon armée était là, à l'intérieur de la ville! Tout ce qu'il me fallait, c'était d'envoyer un messager au duc Moritz, qui n'aurait eu d'autre choix que de me céder la province d'Anhalt, avec l'Académie qui s'y trouve. Deux jours, tout au plus. Je la tenais enfin, la victoire tant attendue. Et au moment où je m'apprête à fumer le calumet de la paix, on m'annonce que le Palatinat a signé la paix avec la Saxe en retour d'une forte récompense, et ses troupes se retirent désormais de Dresde. J'aurai à capturer la ville à nouveau. Et ce n'est pas comme si c'était fait; non, d'un côté, j'ai "juste" une armée de 20,000 hommes commandée par un des meilleurs généraux d'Europe qui assiège ma capitale et coupe ma retraite, et de l'autre j'ai une forteresse presque inexpugnable. Et pendant ce temps, les Thuringiens se construisent une armée invincible, et l'armée de Cologne, forte de 13 000 hommes, refuse de bouger, effrayée des représailles. Et pourtant, tout va bien! Je suis parfaitement calme! Calvaire.
Ce retournement de fortune se révéla malheureux pour l'armée du roi Philipp I, qui vit impuissant sa capitale tomber sous l'action combinée des Saxons et des Thuringiens. Abandonnant le siège de Dresde qui ne menait à rien, il rencontra les armées coalisées en Anhalt où il fut impitoyablement vaincu. Il fut poursuivi en Hesse, et vaincu de nouveau. Il fut poursuivi jusqu'à Munster, et vaincu de nouveau le 5 avril 1547.
"C'est uniquement de la faute du roi", déclara aussitôt Feschen lors d'une conférence de presse.
Après une guerre longue et impitoyable, lors de laquelle les Saxons infligèrent de multiples défaites à l'armée de Philipp I sans toutefois parvenir à capitaliser sur les opportunités qui leur étaient offertes de mettre fin à la guerre, les deux parties s'entendirent finalement sur une paix durable. Toutes les conquêtes faites par l'un ou l'autre des bélligérents était de ce fait rétrocédées; par ailleurs, Hesse s'engageait également à dédommager la Saxe de 39 ducats, à titre de réparation. L'issue décevante de cette guerre longtemps espérée plongea Feschen dans une peine indescriptible.
Apwebe: Vous n'oubliez pas quelque chose, maître?
Feschen, impatient: Quoi, Apwebe?
Apwebe: Vous avez fait un emprunt de 200 ducats durant la guerre.
...
Témoignage d'Apwebe, quelques semaines plus tard: Jamais de mon vivant n'ai-je entendu de propos aussi grossiers.