Dandolo said:
Et je persiste donc à dire que les causes du colonialisme sont à rechercher dans celle de l'impérialisme européen qui est globalement affranchi d'un point de vue doctrinal du modèle économique auquel il adhère (mais pas d'un point de vue opérationnel/mise en œuvre ce qui laisse ouverte la voie à l'interprétation marxiste de l'impérialisme pour certaines phases du phénomène).
Tu peux "voir" ça mais c'est complètement faux.
Ta pirouette de "l'affranchissement doctrinal " ne repose sur rien dans la réalité , si ce n'est une invention (après coup) pour tenter de "contrer" l'analyse Marxiste de l'impérialisme.
Tout aussi fausse la théorie selon laquelle le colonialisme du XIXème est le fruit d'une somme "d'intérêts individuels" niant par là le capitalisme monopolistique qui était pourtant une réalité indéniable que vous le vouliez ou non
Un exemple significatif , celui de l'influence politique du plus puissant Trust de la planète: la Stadard oil
A partir de 1895 , Rockfeller annonça qu'il ne tiendrait compte que des prix qu'il avait lui même fixé. La bourse du pétrole ferma seul son Trust fixa les prix.
Les analystes économiques (qui étaient tout sauf Marxistes) de l'époque expliquaient la mainmise de la SOC par celle du capital financier dans l'économie :"une banque , une gigantesque banque au sein d'une industrie finançant cette industrie contre tous ses concurrents".
Domination qui traduisait aussi le lien étroit entre le capital et l'appareil d'Etat
1881: "la Standard oil à tout fait à la législation de l'Etat de Pennsylvanie sauf la raffiner".
De notoriété publique ce lien était l'objet de nombreuses plaisanteries comme celle qui racontait que Rockefeller était relié à Washington par un pipeline!
L'un des principaux collaborateurs de Rockefeller , Mac Kinley devint président des Etats Unis en 1900 (un hasard sans doute!

)......
Je pourrais aussi parler des liens évidents (je l'ai déjà fait et vous l'avez soigneusement ignoré) entre le capital et l'État dans les pays impérialistes.
"Le marché mondial du pétrole, écrivait en 1905 Jeidels, est aujourd'hui encore, partagé entre deux grands groupes financiers : la "Standard Oil Company" de Rockefeller et les maitres du pétrole russe de Bakou, Rothschild et Nobel. Les deux groupes sont étroitement liés, mais, depuis, plusieurs années, leur monopole est menacé par cinq ennemis [3]" : 1) l'épuisement des ressources pétrolières américaines; 2) la concurrence de la firme Mantachev de Bakou; 3) les sources de pétrole d'Autriche et 4) celles de Roumanie; 5) les sources de pétrole d'outre-Océan, notamment dans les colonies hollandaises (les firmes richissimes Samuel et Shell, liées également au capital anglais). Les trois derniers groupes d'entreprises sont liées aux grandes banques allemandes, la puissante "Deutsche Bank" en tête. Ces banques ont développé systématiquement et de façon autonome l'industrie du pétrole, par exemple en Roumanie, pour avoir "leur propre" point d'appui. En 1907, la somme des capitaux étrangers investis dans l'industrie roumaine du pétrole se montait à 185 millions de francs, dont 74 millions de provenance allemande [4].
Mentionnons encore le syndicat international du zinc, fondé en 1909, qui partagea exactement le volume de la production entre cinq groupes d'usines : allemandes, belges, françaises, espagnoles, anglaises, puis le trust international des poudres, dont Liefmann dit que c'est "une étroite alliance, parfaitement moderne, entre toutes les fabriques allemandes d'explosifs, qui se sont en quelque sorte partagé le monde entier avec les fabriques françaises et américaines de dynamite, organisées de la même manière ".
Au total, Liefmann dénombrait en 1897 près de quarante cartels internationaux auxquels participait l'Allemagne, et vers 1910, environ une centaine.
Et voilà qu'en 1907, entre les trusts américain et allemand, intervient un accord pour le partage du monde. La concurrence cesse entre eux. Le G.E.C. "reçoit" les Etats-Unis et le Canada; l'A.E.G. "obtient" l'Allemagne, l'Autriche, la Russie, la Hollande, le Danemark, la Suisse, la Turquie, les Balkans. Des accords spéciaux, naturellement secrets, règlent l'activité des filiales, qui pénètrent dans de nouvelles branches de l'industrie et dans les pays "nouveaux" qui ne sont pas encore formellement inclus dans le partage. Il s'institue un échange d'expérience et d'inventions
A l'apogée de la libre concurrence en Angleterre, entre 1840 et 1870, les dirigeants politiques bourgeois du pays étaient contre la politique coloniale, considérant l'émancipation des colonies, leur détachement complet de l'Angleterre, comme une chose utile et inévitable. Dans un article sur "l'impérialisme britannique contemporain [3]", publié en 1898, M. Berr indique qu'un homme d'Etat anglais aussi enclin, pour ne pas dire plus, à pratiquer une politique impérialiste, que Disraëli, déclarait en 1852 : "Les colonies sont des meules pendues à notre cou." Mais à la fin du XIXe siècle, les hommes du jour en Grande-Bretagne étaient Cecil Rhodes et Joseph Chamberlain, qui prêchaient ouvertement l'impérialisme .
Il n'est pas sans intérêt de constater que dès cette époque, ces dirigeants politiques de la bourgeoisie anglaise voyaient nettement le rapport entre les racines pour ainsi dire purement économiques et les racines sociales et politiques de l'impérialisme contemporain.
Chamberlain prêchait l'impérialisme comme une "politique authentique, sage et économe", insistant surtout sur la concurrence que font à l'Angleterre sur le marché mondial l'Allemagne, l'Amérique et la Belgique. Le salut est dans les monopoles, disaient les capitalistes en fondant des cartels, des syndicats et des trusts. Le salut est dans les monopoles, reprenaient les chefs politiques de la bourgeoisie en se hâtant d'accaparer les parties du monde non encore partagées. Le journaliste Stead, ami intime de Cecil Rhodes, raconte que celui-ci lui disait en 1895, à propos de ses conceptions impérialistes : "J'étais hier dans l'East-End (quartier ouvrier de Londres), et j'ai assisté à une réunion de sans-travail. J'y ai entendu des discours forcenés. Ce n'était qu'un cri : Du pain ! Du pain ! Revivant toute la scène en rentrant chez moi, je me sentis encore plus convaincu qu'avant de l'importance de l'impérialisme...
"L'idée qui me tient le plus à coeur, c'est la solution du problème social, à savoir : pour sauver les quarante millions d'habitants du Royaume-Uni d'une guerre civile meurtrière, nous, les colonisateurs, devons conquérir des terres nouvelles afin d'y installer l'excédent de notre population, d'y trouver de nouveaux débouchés pour les produits de nos fabriques et de nos mines. L'Empire, ai-je toujours dit, est une question de ventre. Si vous voulez éviter la guerre civile, il vous faut devenir impérialistes"
L'époque du capitalisme moderne nous montre qu'il s'établit entre les groupements capitalistes certains rapports basés sur le partage économique du monde et que, parallèlement et conséquemment, il s'établit entre les groupements politiques, entre les États, des rapports basés sur le partage territorial du monde, sur la lutte pour les colonies, la "lutte pour les territoires économiques ".