le pachifisme pour les nuls ou le rêve de Foulque
Le pachifisme pour les nuls
Imaginez un lieu situé en dehors de toute topologie. Sans repère, sans direction, sans distance, sans couleur, sans saveur, sans odeur. Un peu ce que serait l’eau pure ou l’endive si elle était un lieu. Enfin un non-lieu plutôt à cause d’un vice de procédure au moment de l’arrestation…
Dans (mais peut-on être « dans » quelque chose qui n’existe pas ? Peut-on percevoir l’essence de l’être là où la perception est sans objet ? Et surtout peut-on rouler sur le périph’ de 16h à 20h en dehors du mois d’août ?), donc dans ce non-truc venait de se matérialiser la fine fleur du SGB : les glorieux anciens couverts de cicatrices comme autant de parures de victoires, Boultan le priapique, Apebe le délocalisateur dit Mad Danish, Sam Vimes le fourbe. Puis le président en exercice (c’est-à-dire le gusse actuellement posé sur le siège éjectable propice aux coups de poignards dans le dos et autre café parfumé à l’arsenic) Lord Klou (une main de fer dans ton cul de velours), le vice-président Joukov (ouais !), et l’élite actuelle des bourrins : FFFootix (quadruple champion), Ibarrategui (Born to be wild), Dominovitch (Der Fourreur), French Crusader (des sousous ? Maîtrrrre), Jerry (le Mikado). Enfin la jeune garde assoiffée de sang Von Aasen (l’Aigle du Reich), Oxymore (I’m a Bad Boy) et Henri d’Anjou (elle est pas fraîche ma Morue ?).
Une belle collection de brutes sanguinaires. En clair ça aurait pué la testostérone à des kilomètres s’il y avait eu des kilomètres. Ils s’interrogèrent vaguement sur la raison de leur présence et l’étrangeté du … machin-bidule où ils étaient. Mais ce n’étaient guère des contemplatifs dans l’âme. Alors, profitant de la réunion d’autant de champions de la baston ils improvisèrent un tournoi de lutte à mains nues pour tromper leur ennui et commencèrent à se foutre joyeusement sur la gueule. Au bout d’un laps de temps indéterminé (leurs montres aussi inutilisables que les choses molles dégoulinants des tableaux de Dali), ils s’avisèrent de la présence d’un vénérable vieillard un peu plus… euh pas vraiment loin mais vous pigez l’idée. Ce dernier les observait avec une réprobation manifeste. Les anciens furent les premiers à le reconnaître et leur surprise fut grande.
A ce moment l’auteur s’avisa de la qualité commerciale d’une telle fin de chapitre. S’arrêter juste avant une révélation n’est-il pas le meilleur moyen d’inciter le lecteur à poursuivre sans se donner la peine de construire une véritable intrigue ? Puis l’auteur se dit qu’il n’était pas ***** (mettez ici le nom de l’écrivain de best-sellers que vous aimer mépriser pour ses grosses ficelles), que personne ne débourserait un kopeck pour lire ses âneries et qu’il ferait mieux de continuer en évitant les roulements de tambour.
C’était Foulque. L’Ennemi. Le chantre du pacifisme absolu. Le prophète de la paix. Le petit Jésus du forum. L’idéologue de l’OPU, ce refuge d’êtres corrompus par la civilisation, croyant faire de la stratégie en multipliant les entrechats diplomatiques. Et Foulque parla :
- Alors ? bande de brutes décérébrées vous ne vous demandez pas ce que vous faites là ?
- Tu nous déranges en plein tournoi, papy, rétorqua Boultan. Et t’as même pas amené de nanas !
- On se demande surtout ce que TOI tu fous là, gronda Lord Klou.
- Ouais ! Jusque-là on était entre hommes ! conclut Joukov sous les rires gras et cruels de ses camarades de tuerie. Lesquels redoublèrent lorsque d’un claquement des doigts le vieux changea magiquement Joukie en bavoir rose dégoulinant. Voyant que ça n’avait pas l’effet escompté, il le ramena.
- On va voir si la suite va autant vous amuser. Figurez-vous qu’en faisant mon ménage j’ai frotté une lampe achetée dans une brocante et…
- On s’en cogne de ta vie, papy, beugla Iba… qui se retrouva dans l’instant transformé en scooter de marque japonaise. Beurk, le pauvre. L’ancien reprit sans se démonter :
- Et donc un génie en est sorti, bien entendu. Et j’ai fait le vœu que vous ayez tous un aperçu de l’enfer. Et que ce soit moi qui choisisse votre tourment, conclut-il dans un sourire plus revanchard que radieux.
- Pas très pacifiste comme attitude ça. T’en as parlé à tes disciples Crash, Oli ou Midomar ? intervint perfidement Sam.
- Etonnant qu’un fervent défenseur de la paix comme toi n’ait pas trouvé un truc plus altruiste à faire, renchérit FFFootix.
- Le désir de vengeance, hum… une des plus nobles motivation qui soit, continua Lord Klou d’un ton faussement appréciateur. Quelle adresse pour t’envoyer ta carte du SGB ? questionna-t-il sournoisement, déclenchant une nouvelle cascade de rires.
- Silence ! Bande de brutes stupides voilà votre châtiment : vous allez prendre la tête de Bali, Victoria, GC, et la gérer selon les règles du pacifisme absolu : aucune guerre offensive, aucune conquête militaire, 0 de BB en permanence. De la gestion économique, politique, coloniale et humaine surtout.
On entendit un choc : Oxymore venait de s’effondrer évanoui. Les protestations et injures fusèrent mais ne firent qu’allonger le sourire de Foulque :
- Et je rajoute : pas de pillages, pas de viols, pas de vos saloperies habituelles pour inciter vos voisins à vous attaquer pour mieux les défoncer. Votre peuple doit avoir de vous l’image d’une équipe gouvernementale humaniste et progressiste, soucieuse de son bien-être et de ses préoccupations.
- N’importe quoi, se plaignit Henri.
- Un cauchemar, gémit Von Aasen.
- Une horreur, renchérit Dominovitch.
- Ecouter l’avis des péquenots ! Et puis quoi encore ? s’insurgea Apebe.
- On n’y arrivera jamais, s’effondra Crus.
- Et si… on ne joue pas le jeu. Il se passe quoi ? questionna Jerry.
- Vous recommencez, ad nauseam. D’ailleurs je compte bien sur vos tendances profondes pour que ce châtiment soit infini, répondit Foulque avec gourmandise.
- Compte sur nous pour te décevoir, papy : Nous autres guerriers nous avons une discipline de fer : on tiendra ! Pas vrai les gars ? tenta le président.
Les vagues grommellements approbatifs qui suivirent ne brillaient guère par leur enthousiasme.