Chapitre Onzième: La Campagne de Russie
1) Le rapport des forces en présence
Le 1er mars 1812, l'Empereur et sa Grande Armée embarque sur la puissante flotte Française depuis le port de Boulogne pour une destination tout autre que la cible la plus proche qui est l'Angleterre... Saint-Pétersbourg, la capitale de la Russie. En effet, depuis le retour des hostilités, Napoléon n'a qu'un rêve, écraser le Tsar qui lui tient tête. La force embarquée est puissante. 168 000 hommes dont 13 000 à cheval, 130 canons et des dizaines de navires (dont de nombreux vaisseaux de guerre). Mais l'armée Française ne se limite pas à la Grande Armée de l'Empereur. De nombreux autres corps sont répartis sur tous les territoires nationaux ou alliés.
- La Grande Armée, dirigée par l'Empereur lui-même est composé de 155 000 fantassins, 13 000 cavaliers et 130 canons
- L'Armée du Jura compte 115 000 hommes des troupes, 30 000 soldats montés et 70 canons
- L'Armée de l'Intérieur, du Maréchal Davout se compose de 50 000 hommes, 10 000 cavaliers et 50 canons.
- L'Armée d'Italie de Lefebvre est forte de 60 000 hommes, 25 000 cavaliers et 50 canons
- L'Armée d'Espagne de Murat compte 64 358 fantassins, 16 282 cavaliers et 100 canons
- L'Armée de l'Atlantique de Suchet se compose de 135 000 hommes à pied, 20 000 hommes à cheval et 250 pièces d'artillerie
- L'Armée de l'Est de Saint-Cyr est forte de 59 869 piétons et 31 306 cavaliers ainsi que de 17 canons
- L'Armée du Midi possède 69 334 soldats de ligne et 8 867 cavaliers
- L'Armée de Mayence possède 75 000 hommes de pied et 10 000 hommes montés
- L'Armée de Cologne est composée de 75 000 hommes et 10 000 cavaliers
- L'Armée de Pologne du Maréchal Moreau compte 47 264 fantassins et 13 483 cavaliers ainsi que 65 canons.
Au total, l'Armée Française est forte de 928 438 fantassins, 192 938 cavaliers et 862 canons. C'est la plus grande force jamais réunie en Europe. Il faut aussi ajouter aux Français les nombreuses troupes alliés, Pays-Bas et Etats-Unis, qui à eux deux réunissent environ 70 000 hommes. En comparaison, la Coalition, formée de l'Espagne, de l'Angleterre, de l'Autriche-Hongrie, de la Russie, de la Prusse et de la Savoie, peut compter sur à peine 200 000 hommes réunis sur toute la surface du Monde. Et pour défendre le reste des terres éloignées de la métropole, deux groupes d'armées sont envoyés aux Antilles (15 000 hommes) et aux Indes Françaises (12 000 hommes) pour éviter toute intrusion (principalement Anglaises).
2) Les préparatifs
Le 11 avril 1812, l'armée finit de s'embarquer à bord de la flotte Française, avec ses 166 000 soldats. Les voiles sont détachées, et la flotte prend la route de la Baltique, à destination de la capitale Russe.
L’Empereur signe, afin de protéger la Confédération du Rhin en son absence, une alliance ave la Bavière, début avril.
Pendant que la Grande Armée est en route sur les mers, l’Armée de Pologne avance vers Varsovie, avec la ferme intention de libérer toutes les terres Polonaises de la domination Russe.
3) La Bataille de Saint-Pétersbourg (12 août 1812)
France :
- Grande Armée, Napoléon Ier
Inf. : 151 999
Cav. : 12 400
Art. : 130
Russie :
- Semenovski, Wittengstein, Tomasov
Inf. : 84 966
Cav. : 12 167
Art. : 34
- Armée de Finlande, Kutusov
Inf. : 53 428
Cav. : 8 754
Art. : 105
Le 3 juin, l’Empereur fait escale à Copenhague afin de signer un traité de passage à travers le Sund avec le Roi du Danemark. Mais les Russe ont été prévenus de l’arrivée de la flotte Française dans les eaux froides de la Baltique et font appareiller leur flotte. Celle-ci stationne à quelques kilomètres des côtes de l’île du Gotland sur la route de convoi des Français, dans l’espoir d’intercepter les transports de troupe. Mais ils tombent sur l’énorme flotte militaire Française, le 17 juin, à l’aube. Le combat est inégal. A 5 contre 2, les Russes sont écrasés. Seul le navire amiral, le Novgorod réussit à échapper au massacre. On compte près de 25 navires coulés dont 24 Russes. Le seul navire Français envoyé par le fond est la petite frégate Villeneuve, et ses 24 canons, pris entre le feu des navires amiraux des deux flottes.
Le 10 juillet, c’est le débarquement en Russie. Le Tsar a lâchement fui sa capitale pour prendre la route de Moscou, mais il laisse 100 000 hommes pour défendre la ville contre les assaillants. Alors que Saint-Pétersbourg est bombardée par les navires de ligne français, Napoléon et son armée prennent pieds à quelques kilomètres de là, préparant le camp pour la nuit, en attendant que les derniers soldats les rejoignent. Le 12 août, tout le monde est réuni près des marais à Peterhof. Mais l’armée de Wittengstein et Tomasov arrive à son tour sur les lieu. L’avantage numérique est en faveur des français qui se battent à deux contre un. Mais l’avantage du terrain est aux Russes.
Les Français stoppent le bombardement de la cité de Pierre le Grand pour s’attaquer aux fortifications russes sur la Neva, où va se dérouler le combat. L’artillerie Française pilonne de longues minutes les batteries ennemies pendant que les lignes se forment. Les Russes démoralisés se voient ordonner une charge de cosaques sur les quelques défenses françaises. Cette attaque est terrible pour les Français qui sont acculés en bordure des marécages. Les premiers fantassins tombent, foudroyés par la vitesse de la charge ennemie et par la puissance de leurs chevaux.
L’Empereur, qui voit son plan de bataille chamboulé par l’obstination des Russes fait donner la cavalerie. Les 2ème et 12ème régiments de hussards sont envoyés en renfort, et l’effet est tout de suite visible. Le nouveau soutien donne l’occasion aux fantassins de se réorganiser et aux canons de faire feu de toutes pièces sur les soldats ennemis qui reculent. Mais très vite, ceux-ci sont pris en tenaille par les cuirassiers français qui bloquent leur route de sortie. Les derniers cavaliers Russes se rendent à 15h25, laissant les derniers canons et les 50 000 fantassins survivant sans force de choc. Le rapport des forces passe alors à 3 contre 1, les deux tiers de l’artillerie ennemie est détruite. 30 000 fantassins et les 12 000 cavaliers sont morts ou prisonniers.
Napoléon regroupe ses forces en bordure de la Neva, près à passer une nouvelle fois à l’action. Les dernières fortifications et hauteurs sont prises, ainsi que les dernières batteries ennemies. La charge est donnée par les hussards français aux limites de Saint-Pétersbourg. La charge est terrible pour les Russes. Wittengstein est tué, Tomasov capturé. Une grande partie de l’infanterie se regroupe à l’intérieur de la ville, mais est écrasée par un nouveau bombardement naval. Les autres se rendent aux envahisseurs. A 19h15, la bataille est finie.
Au total, se sont près de 10 000 Français qui seront tombés au champ de bataille. Mais ce n’est rien comparé aux 35 000 morts Russes, 25 000 blessés et 45 000 prisonniers. Les deux tiers des forces Russes auront disparu après une seule bataille. Napoléon a le champ libre vers Moscou, après la chute définitive le jour du 12 août de Saint-Pétersbourg, fuie par sa population, et investie par la marine Française. La Campagne de Russie s’annonce victorieuse.
3) L’avancée en Pologne et en Russie
Le 7 août, alors que l’Empereur est arrivé près des côtes Russes au Nord, le maréchal Moreau arrive à Varsovie et s’empare de la ville. Il continue son avancée vers Lublin qui tombe elle aussi le 20 septembre. Mais alors que la campagne de Pologne est en bonne voie, il est rappelé en Allemagne, où les Prussiens et les Austro-hongrois se font pressants et réunissent une puissante armée.
A l’ouest de l’Europe, une paix blanche est signée le 15 août avec l’Espagne, qui prenait pourtant pied dans les colonies françaises et qui était sur le point de remporter ce qu’on a appelé la « Guerre des Antilles », après s’être emparé de la Martinique. Grâce à cette paix, une grande partie des forces Impériales est libérés et peut soulager le front Est.
Alors que le 29 août, Saint-Pétersbourg était enfin sécurisée, l’Empereur s’empare des cartes territoriales Russes et découvre les Grandes Terres de Sibérie. La flotte quant à elle prend enfin pied dans la capitale ennemie et peut réparer les dégâts causés par la bataille du Gotland. Dès le 30, Napoléon prend la direction de Moscou, espérant capturer la ville avant que les rigueurs de l’hiver ne se fassent sentir. Mais la distance grandissante entre l’armée et les côtes ne favorise pas le ravitaillement. De plus, la politique de terre brûlée des Russes empêche tout pillage des ressources locales. La Grande Armée souffre, alors que Moscou est encore très loin...
A son tour, la Savoie signe la paix, le 3 octobre 1812. La guerre semble se calmer à l’Ouest. Les Anglais sont trop occupés dans les colonies. Les Austro-Prussiens rassemblent leurs troupes. Seuls les Russes continuent de harceler les soldats Français. Mais les 20 000 cavaliers rassemblés par ces derniers à Novgorod sont écrasés le 4 octobre. Une grande partie se rend devant l’imposante armée Impériale. Seuls 5 000 tomberont au champ de guerre. Les Français n’ont aucune perte à signaler. La route continue vers Moscou…
4) La Bataille de la Moskova (10 novembre 1812)
France :
- Grande Armée, Napoléon Ier
Inf. : 123 478
Cav. : 7 900
Art. : 100
Russie :
- Armée de Finlande, De Tolly
Inf. : 77 582
Cav. : 9 587
Art. : 105
Nous sommes le 6 novembre 1812. La neige est haute déjà sur les terres de la Grande Russie. Les troupes de l’Empereur sont fatiguées physiquement et moralement, mais leur dernière victoire sur les cavaliers russes a excité leur rage de vaincre. Mais les Russes du Général de Tolly sont prêts à livrer bataille, au bord de la Moskova. Le plan est simple : bloquer les Français pour que l’hiver les achève. Les Français sont néanmoins majoritaires (3 contre 2). Mais l’hiver a accentué la fatigue de la marche et des combats. Les grognards sont tiraillés par la faim due au manque de ravitaillement. Les Russes connaissent le terrain, et ont l’avantage d’avoir pu organiser leurs défenses.
Mais la bataille doit avoir lieu. Le soleil est déjà sur le chemin descendant lorsque les premiers coups de feux sont tirés. Ce sont les Russes qui ouvrent le bal en lançant toute leur cavalerie à l’attaque. L’Empereur ordonne à la sienne de changer de chemin et de prendre la route du nord, sur la route de Borodino à Moscou. Le village est pris dès les premières minutes de la bataille, mais il est laissé par les cavaliers qui continuent leur route. L’infanterie fait front contre l’attaque ennemie, vite réduite à néant. Mais bientôt, c’est l’ensemble de l’Armée Russe qui prend part à la bataille. Trois régiments de grenadiers ennemis font le tour de l’armée Français pour s’attaquer directement à Napoléon. La Garde est obligée une nouvelle fois de se lancer dans le combat.
Après une heure de dure lutte, les Français reculent. Les Russes ont pris le dessus, malgré la perte de leur cavalerie. Ils prennent le chemin de Borodino où les Français se sont réfugiés, préparant leurs défenses. Ils sont tombés dans le piège. Ayant abandonné la garde des ponts, ils laissent leurs derniers rangs à découvert. Les 8000 cavaliers Impériaux se joignent alors à la bataille, ayant contourné l’intégral de l’armée ennemie. Les régiments d’infanterie, soutenus par le feu de l’artillerie font alors face et abattent des lignes entières de Russes, pris en tenaille entre eux et la cavalerie. De Tolly est tué dans le feu de l’action, avec les restes de sa cavalerie.
A 20h45, les derniers officiers ennemis rendent leurs armes, et la bataille est finie. Les Français perdent 10 000 hommes, mais les Russes perdent leur armée entière, 30 000 morts, 35 000 prisonniers, le reste en fuite. La route de Moscou est libre. La ville est capturée le 13 novembre, abandonnée par ses 300 000 habitants. Plus aucunes vivres, plus aucunes munitions, rien.
4) La Retraite de Russie.
Les Français sont en possession des deux capitales Russes, mais le piège vient de se refermer sur l’Empereur. Une nouvelle terrible lui parvient en pleine nuit. Des fidèles du Tsar ont mis le feu en plusieurs points de la ville. Les flammes gagnent toute la cité. Il faut partir, ce soir, sans se reposer. Mais il n’y a aucune fuite possible. La flotte, par peur d’être prise dans la glace est rentrée à Boulogne à la fin d’octobre. Il faudra partir par la Russie Blanche et par la Pologne. Un autre groupe prendra la route de la Baltique et de la Prusse.
Le départ est ordonné dès le matin du 14 novembre. Le moral est au plus bas Les attaques se succèdent, sur les flancs des pauvres soldats pris dans la neige, par des températures avoisinant les -20°, au plus chaud de la journée. Les terres sur le chemin sont brûlées par les paysans, les chevaux qui meurent sont tout de suite dépecés pour manger les entrailles encore chaudes, on se bat pour une botte, un morceau de tissu. La Bérézina est franchie, mais de nombreux soldats, attaqués par les Russes y laissent leur vie.
La frontière Polonaise est franchie en janvier, Varsovie est dépassée en février. Les Français, qui étaient 130 000 au 14 novembre ne sont plus que 30 000, meurtris physiquement et moralement, obligés de traverser 3000 kilomètres dans la neige et le froid. La retraite de Russie s’achève, la Campagne ayant été le pire désastre qu’ait connu la Grande Armée…