Chapitre Premier
En janvier 1795, la menace qui pèse sur la France n’est pas éliminée. Le pays est en guerre sur tous les fronts. Au Nord, l’Autriche, la Prusse et l’Angleterre sont tout proche. Au Sud, à la frontière Italienne, les Piémontais nous font face. Et en Espagne, les Bourbons ne sont pas éliminés.
Dès les premiers jours de l’année, le Roi d’Espagne Charles IV s’entretient avec les membres du Directoire. Ils parviennent après de longues discussions à un accord de paix. Les deux pays retournent au Statu Quo d’avant guerre.
Au Nord, les Autrichiens et les Anglais rassemblent leurs forces, dans la campagne de Dortmund. L’armée du Rhin de Kellermann est alors envoyée sur place afin de parer à toute éventualité. Le rapport des forces est très nettement en faveur des coalisés. L’armée du Rhin qui arrive en Zélande au mois de février doit faire front devant une armée ennemie un peu inférieure en nombre mais qui attend des renforts.
Le 6 février 1796, après des mois de préparation des conscrits, la bataille a lieu, à Eindhoven. Le nombre de soldats est impressionnant. Plus de 200 000 hommes se font face.
France
Armée du Rhin
Kellermann, Marmont
92 154
67 301
55
Autriche-Hongrie
Armée de Hongrie
Erzherzog Karl
67 301
23 556
40
Angleterre
German Legion
Mac Donald
33 166
0
32
L’armée Française est divisée en deux groupes. Premier groupe, celui de Kellermann, avec la majeure partie de l’infanterie, et l’artillerie. Second groupe, la cavalerie de Marmont et sa garde à pied. Les coalisés eux, ne sont pas arrivés en tir groupé. Les Anglais suivent à quelques heures de marche des Autrichiens.
Aux première lueurs de l’aube, on voit s’avancer la masse de la troupe ennemie, en territoire marécageux Kellermann, dont le quartier général est planté à Geldrop, voit l’ensemble du champ de bataille. C’est ici, à proximité de Heeze qu’aura lieu le combat, en plaine humide.
Les premiers Français se mettent en marche. La cavalerie reste en arrière en attendant que les lignes françaises aient fait le vide dans les rangs ennemis. L’artillerie se met en place, en haut des collines qui entourent la plaine.
A 6h30, le feu est mis aux poudres. La plaine s’embrase. Les soldats tombent par dizaines, fauchés par les canonnades, tandis que le 135ème régiment d’Infanterie de la Meuse prend à part un groupe ennemi. De son côté, Marmont envoie sa cavalerie à la rencontre du gros des troupes adverses. Le 24ème corps des Dragons de Paris arrive en renfort, envoyé par Kellermann, qui voyant l’avancée des soldats ennemis, redoute de se faire prendre par le flanc.
Le premier grand choc a lieu à 7 heures. Les deux cavaleries s’affrontent. Les Hussards Hongrois et les Dragons Français se lancent dans la mêlée. La première charge est meurtrière pour les deux camps. Les trois quarts de la cavalerie ennemie sont laminés, et 5000 Français sont tombés.
Aux alentours de 9 heures, alors que l’armée montée se replie pour reformer ses rangs, l’infanterie fait face à l’adversaire. Les fusils sont près, et n’attendent plus que l’ordre des généraux. Kellermann le lance à 9h26. Les Français font feu de toutes leurs armes, et abattent les premières lignes autrichiennes. Le support de l’artillerie ne se fait pas attendre, et les tirs de mortiers trouent l’armée coalisée. Des centaines de corps gisent sur la plaine marécageuse, déchirés par les boulets de canon et les obus. L’air, emplie d’une odeur de poudre qui pique le nez et les yeux des soldats, devient de moins en moins respirable au fur que le temps s’écoule.
A midi, les armées signent une trêve de deux heures le temps d’emporter les blessés. Un soutien inattendu arrive de Hollande. Une partie de la cavalerie Batave, la République Sœur, se range sous les ordres de Kellermann, soit 5000 cavaliers. Ce support de troupes ne sera pas de trop. A la fin de la trêve, les combats reprennent.
Kellermann, décidé à ne pas laisser passer la chance de sa supériorité numérique en cavalerie, fait mine de s’éloigner vers l’ouest. L’infanterie Autrichienne se lance alors à leur poursuite, laissant l’arrière garde sans défense. La cavalerie française pendant ce temps descend au niveau Someren et prend à revers le quartier général de Erzherzog Karl. Les Français charge et démolissent l’ensemble de camp. Le Général Karl est tué ainsi que la plupart des grands officiers de l’armée de Hongrie.
Le reste de la bataille n’est qu’une suite de combats désorganisés entre les fantassins français et les grenadiers Autrichiens. A 18 heures, une nouvelle charge de cavalerie contre les lignes Impériales fait près de 7500 morts dans le camp ennemi. Démoralisés, les Autrichiens se rendent par régiments entiers, abandonnant leurs armes à la simple vue des dragons de la cavalerie Républicaine.
A 18 heures, la bataille est terminée. Les victimes se comptent par dizaines de milliers. Ils sont 30 000 morts et blessés côté Français et 70 000 côté Austro-Hongrois. Les prisonniers sont 15 000 à la fin de la journée. Du côté Hollandais, les renforts ont subi des pertes s’élevant à un 15ème de leur force.
Le lendemain matin, au même endroit, une nouvelle bataille a lieu. La Légion Allemande de Mac Donald venue porter secours aux Austro-Hongrois arrive, mais trop tard. Confiant, pensant trouver à leur arrivée la force de leurs alliés, les Anglais avance en direction de Eindhoven. Mais leur moral tombe vite lorsqu’ils voient le corps sanglant des 70 000 Autrichiens décédés la veille. La cavalerie Française profite de leur effondrement pour les attaquer après un long déluge d’artillerie. La surprise fait échouer toute tentative de renversement de la situation de la part des Anglais. Les canons ennemis sont détruits les uns après les autres, puis l’armée est prise à revers. La technique qui avait fonctionné la veille est à nouveau efficace.
La seconde charge de cavalerie fait sombrer l’armée anglaise dans les bas-fonds du désespoir. Les ennemis se rendent les uns après les autres, et le dernier carré est formé autour du Général MacDonald qui ne veut pas se rendre. Un tir de mortier détruit une partie de ce carré. La cavalerie s’engouffre alors par la brèche, et Mac Donald est décapité. Le reste de la Légion Allemande se rend sans plus combattre.
Ce nouvel affrontement aura causé la mort de 5000 personnes, dont 4600 Anglais, et blessé plus de 15 000 autres. 12 000 Anglais sont capturés. Toute tentative ennemie de pénétration sur le territoire français échouera, et ce pour de longues années.
Pendant un mois, les vagues d’assaut Coalisées se succèdent. Toutes ou presque sont détruites, et les quelques survivants fuient par la mer, où la flotte anglaise mouille, faisant le blocus des ports Hollandais. Au début du mois de mai, une nouvelle menace pèse sur la Zélande. L’armée du Tyrol , composés de 10 000 fantassins et 4000 cavaliers entre en territoire français. Ce qui aurait dû être une dure bataille n’est qu’en fait une nouvelle déroute ennemie.
Employant sa technique de prise par revers, Kellermann fait fuir une partie de l’armée ennemie. Sur les 14 000 hommes, seuls 6574 réussissent à quitter le lieu de combat. L’Armée du Rhin, ne souhaitant pas les voir reconstituer leur force les suit à l’intérieur du Saint-Empire. Les Anglais, voyant les Français quitter la Hollande débarque. Ils arrivent par groupe de 1000 à 2000 soldats, et sont vite tous annihilés, et l’armée française continue sa route vers Dortmund, la principale ville de la région, contrôlée par les Autrichiens.
Kellermann et Marmont arrivent sur place le 16 juin et sont accueillis par une force Autrichienne de 13 000 hommes. La plupart des ennemis sont exterminés. Au total, ce sont plus de 8000 Autrichiens qui ne survivent pas. Les autres sont faits prisonniers.
Le lendemain, Kellermann planifie l’assaut sur la ville. Après plusieurs essais infructueux, elle fini par tomber le 26 juin, après de rudes combats et la mort de 3000 personnes dont les trois quarts Allemands.
Au final, et depuis le 6 février, les Français auront vaincu les Coalisés une vingtaine de fois, fait plus de 34 000 prisonniers et tué environ 50 000 ennemis…
*
* *
Après l’assaut victorieux, Kellermann décide de continuer sa progression en Allemagne. Les Prussiens, depuis 1792, restent étrangement calmes. En effet, leurs généraux se préparent à lancer une offensive massive sur la France. A se titre, ils réunissent une armée près de Magdeburg, comptant près de 95 000 soldats au mois de juillet 1796 et qui ne cesse de s’agrandir.
De plus, en Allemagne de l’Ouest, une petite troupe de 23 000 hommes stationne à Düsseldorf. Pour éviter de se retrouver avec un ennemi surpuissant sur les bras, Kellermann décidé de se lancer dans une bataille contre les Prussiens de la frontière Franco-Allemande.
La bataille a lieu le 14 juillet 1796 à Neuss alors que les Prussiens entrent en pays français. Le rapport des forces est très largement en faveur des Français, contre des Allemands manquant de cavalerie, et sans unité d’artillerie.
France
Armée du Rhin
Kellermann, Marmont
61 995
27 326
17
Prusse
Leibgarde
Oder
27 000
2000
0
Malgré les pertes et la fatigue de l’armée française dus à l’usure de la campagne de Dortmund, la bataille est une « partie de plaisir » pour Kellermann, Marmont et les leurs.
La cavalerie se lança dès les premières minutes de la bataille, après un bombardement d’artillerie sur les pauvres Prussiens déboussolés par l’attaque surprise. Au bout d’un quart d’heure, la moitié de l’armée ennemie est soit à terre soit en déroute. Le général Oder préfère alors rendre les armes, souhaitant éviter un bain de sang.
En moins d’une heure, le combat a tourné en une victoire française totale, une de plus à ajouter au tableau de chasse de Kellermann qui utilise toujours la même technique d’attaque par la cavalerie. Les Prussiens sont éliminés de la zone Ouest du Rhin, qui est enfin sécurisée.
Après avoir pensé un moment faire le siège de Düsseldorf, le général Kellermann préfère rentrer en France et se reposé, lui et ses hommes avant de relancer une attaque en Allemagne, et peut-être soumettre le Saint-Empire tout entier.
Le 22 août 1796, un an et demi après le début de la guerre, la Campagne de Dortmund s’achève sur une victoire française complète sur les coalisés.