Francesco Forscani était Doge de la république de Venise depuis peu. Le précédent Doge, Tomasso Mocenigo était mort d'une crise de coeur lors d'une séance du conseil particulièrement houleuse. Mais le calme était rapidement revenu, les intérêts de la République étant plus importants que les considérations personnelles. Il avait obtenu le siège de Doge en dilapidant la fortune de ses aïeux, durement acquise, mais il était aujourd'hui l'unique et seul Doge de la puissante et rayonante Venise!
Il était particulièrement soucieux en cette belle matinée de printemps. Son vieil ami, le Cardinal Richetto était mort il y a une semaine, d'une crise de coeur lui aussi (
presque aussi courant que l'abus de Cornaro 
). On l'avait retrouvé dans une ruelle des bas quartiers suivant les indications d'un de ses serviteurs. Apparement, il aurait succombé au cours d'une visite de courtoisie à l'une des filles de joie qui habite ce quartier. Mieux valait dissimuler ces faits, peu respectables pour le haut représentant de la foi vénitienne. Pour le peuple il sera mort dans la Sainte chapelle de l'église San Marco alors qu'il communiait avec notre Père.
Les éclats de voix des sénateurs Paruta et Quintivalle le sortirent de sa rêveries alors qu'il pénétrait dans la salle du conseil. Le sénateur Quintivalle était d'ailleurs venu le voir le matin même du décès, ayant appris avant lui le tragique décès du Cardinal et proposant humblement de veiller sur le salut des âmes Vénitienne. Francesco lui aurait sûrement donné sa bénédiction si...
"Sénateurs,
C'est avec une immense tristesse que je vous annonce la mort du pieux Cardinal Richetto qui nous apporta ci souvent la parole de Dieu notre père. Puisse son âme reposer en paix."
Francesco suivit une minute de silence et reprit:
"La question de sa succession se pose, et mon choix se portait sur le sénateur Quintivalle dont vous connaissez tous les mérites.Cependant, il semble que le pape lui même nous propose un candidat. Je vous prie d'acueillir, Luigi de Médicis, deuxième fils de la branche cadette de la prestigieuse famille des Médicis de Florence."
Un homme maigrelet, de haute taille, fit alors son entrée. La paleur extrême de sa peau, signe de longues heures passées dans les chapelles des églises de Florence, était renforcé par la robe pourpre finement brodé qu'il portait. De profondes rides courraient sur un visage à l'expression austère et rude. Il s'approcha et parla d'une voix claire et assurée:
"Sénateurs de Venise,
Le Saint Père m'envoie en la très sainte et pieuse cité de Venise pour veiller sur les âmes et le salut de ses ouailles. Il me charge aussi de veiller à ce que tout les citoyens chrétiens de Venise embrasse la seule et vraie foi catholique, ce qui ne semble pas être le cas aujourd'hui... Le Doge m'a fait part du fait qu'il existait d'hors et déjà un candidat désigné pour la succession de feu le Cardinal Richetto, Ludovico Quintivalle me semble t'il. Je suis assez surpris que ce "candidat" soit aussi connu pour son esprit mercantile et je doute que cela puisse être compatible avec la charge de Cardinal... Etant à Venise, je me dois de respecter vos "traditions" et me soumettre à un vote... Mais sachez que le Saint Père serait très peiné s'il apprenait que je fut obligé de repartir à Florence..."
Nul sénateur n'avait laissé passer les sous entendu lourds de sens de Luigi de Médicis.
Le Doge s'approcha et d'une voix mal assurée.
"Bien, je m'en remet à vous. Vous avez pu faire la connaissance de l'envoyé du Saint Père et juger par vous même de sa dévotion et de son engagement. Je propose au sénateur Quintivalle de s'exprimer à son tour."
(
A toi Nominoé! 
)