1460-1470 : La seconde guerre franco-autrichienne et ses conséquences
La stratégie autrichienne : combattre sur deux fronts
En mars 1460, l'Autriche déclare la guerre à la France. Cette dernière fait appel à ses alliés byzantins et géorgiens. Frédéric III pense à tort que ces derniers n'auront aucune influence sur le conflit. Par contre, certains alliés de l'Autriche sont réticents : la Bohême et Baden refusent de s'engager dans un premier temps, mais ils sont finalement convaincus qu'ils ont intérêt à participer à la défense du Saint-Empire. Frédéric III est pourtant conscient qu'il devra assumer la plus grande partie du poids de la guerre.
Partie du Tyrol, une armée de 16 000 fantassins se dirige immédiatement vers le Piémont pour prendre possession de ce territoire du Saint-Empire. Sachant que c'est dans cette région que le choc frontal avec les armées françaises se produira dans cette région, Frédéric III conserve une armée de réserve de 7 000 hommes qui restera à Milan et recevra les renforts en cours de mobilisation dans les pays héréditaires. Il décide enfin de profiter de l'avantage que lui confère la dignité impériale : une troupe de 12 000 hommes se dirige vers le Palatinat, isolé du reste du royaume des Valois, afin de le libérer du joug français. Enfin, la cavalerie impériale est dépêchée vers les terriroires bourguignons du Saint-Empire d'où elle pourra mener des raids en France sur les troupes de renfort françaises isolées.
Les premiers combats
En avril 1460, les 16 000 fantassins autrichiens qui allaient s'engager dans les vallées alpines sont surpris dans la plaine du Pô par un fort contingent français. La cavalerie des Valois fait merveille et contraint l'armée impériale à la retraite vers le Tyrol. Milan, décidément martyre de toutes les guerres, est assiégée. La Confédération helvétique parvient toutefois à mettre le siège devant Turin.
En mai, des nouvelles inquiétantes parviennent du Saint-Empire : le Palatinat, bien que régulièrement révolté contre l'occupant, est contrôlé par une armée de plus de 23 000 hommes. Frédéric III décide alors de changer d'objectif et ordonne à ses troupes de s'attaquer directement au territoire français. La cavalerie entre en Champagne puis s'enfonce au coeur du territoire ennemi. Elle y aperçoit de nombreuses troupes françaises en marche vers le sud : la guerre sera plus dure que prévue. Alors que la cavalerie écrase des recrues françaises en Orléanais, 12 000 fantassins traversent la frontière champenoise et atteignent Paris en juillet 1460. Le siège de la capitale française commence après une courte bataille ; Charles VII, pris au dépourvu, tente de réagir et cherche à mobilier une nouvelle armée. La cavalerie autrichienne commence alors à piller systématiquement toutes les provinces françaises non défendues en s'attaquant aux armées de secours levées en hâte. En août, la Géorgie se retire logiquement de la guerre.
En Italie, la guerre tourne à l'avantage de la France. En août, le siège du Piémont est brisé et Milan, assiégée par une gigantesque armée française, tombe en septembre. Bern est assiégée par la France et la cavalerie autrichienne subit un échec dans le Berri. Enfin, la noblesse des pays héréditaires, profitant de la guerre, demande à Frédéric III une augmentation de leurs pensions. Désirant préserver la stabilité de ses Etats, il accepte de leur céder 2 millions de florins. Malheureusement, il est contraint d'avoir recours à un emprunt du même montant, le Trésor ayant déjà servi à financer l'armée. Le montant des intérêts pèsera lourd dans la balance.
Des succès importants mais éphémères
Le mois de décembre sera catastrophique pour Charles de Valois. L'armée autrichienne se rue sur les troupes d'occupations françaises en Lombardie et les écrase au cours d'une violente bataille. Surtout, le 29 décembre 1460 fera date et sera célébré dans toute l'Autriche : Paris, affamée, doit se rendre. Charles VII est désespéré : il offre la restitution de Milan et plus de 4 millions de florins (400 ducats) pour faire cesser cette guerre désastreuse. Mais Frédéric III a d'autres ambitions : il veut forcer la France à restituer le Palatinat et la Savoie, territoires du Saint-Empire, à leurs légitimes propriétaires. Il regroupe ses forces du nord de la France à Paris et marche vers la Champagne. Il y remporte un succès en janvier 1461 et met le siège devant la principale place forte, Reims. En février, le mariage d'une princesse Habsbourg avec le duc de Bourgogne Philippe le Bon assure la neutralité bienveillante de ce dernier. En mars, la France échoue dans une tentative de briser le siège de Reims.
Charles VII, malade, refuse d'admettre la défaite : il commence en avril 1461 par délivrer Reims des assiégeants, repoussés en Lorraine. Il entreprend ensuite le siège de Paris. La cavalerie autrichienne en est réduite à se diriger vers le sud de la France en pillant systématiquement les provinces traversées. Avec la mort du Roi Charles VII, son fils, qui avait été exilé au Dauphiné, est proclamé Roi sous le nom de Louis XI. La guerre devient indécise : Milan est libérée en septembre par les troupes autrichiennes qui se dirigent ensuite vers le Piémont, Paris est reprise par les Français en novembre. Des renforts autrichiens ont été envoyés en Lorraine mais restent insuffisants.
En janvier 1462, les Habsbourg repartent à l'offensive : le Piémont est envahi et le siège est mis devant Turin. Les différentes armées de secours françaises ne parviennent pas à le faire lever. L'armée de Lorraine, renforcée, s'enfonce de nouveau en Champagne en mai. Enfin, en juin 1462, alors qu'ils ont rassemblés une armée de 30 000 hommes pour briser le siège du Piémont, les Français sont vaincus devant Turin bien qu'ils aient deux fois plus de troupes. La guerre tourne à l'avantage des Habsbourg, la cavalerie autrichienne continuant librement à faire des ravages dans les campagnes françaises.
Un recul inexorable
En août 1462, Frédéric III a la surprise d'apprendre qu'un contingent byzantin a débarqué sur les côtes d'Istrie. Aussitôt une armée est levée afin de les en chasser. La flotte de Trieste appareille et engage victorieusement le combat avec la flotte de Byzance en octobre, ce qui permet de mettre la main sur le cartes des navigateurs de Constantinople. En Italie du nord, la situation devient critique : le siège du Piémont est brisé en août, l'armée doit se replier sur Bern où elle réalise la jonction avec de nombreux détachements autrichiens. En septembre, les forces impériales, encore démoralisées par leur échec précédent, subissent une cuisante défaite. Les rares survivants parviendront à se replier sur Baden. En décembre, les forces qui assiègent Reims sont mises en déroute par une armée française et doivent retourner en Lorraine. En France, l'Autriche dispose toujours de sa cavalerie mais celle-ci commence aussi à donner des signes de faiblesses.
Jusqu'ici, ce n'est pas le manque de ressources qui a limité la levée de troupes fraîches, mais bien la faible démographie des Etats héréditaires. Incapable provisoirement de réunir une armée suffisante pour s'opposer efficacement aux armées françaises qui s'avancent sur Milan, Frédéric III décide de se concentrer d'abord sur leurs alliés byzantins. Après une nouvelle victoire navale en janvier 1463, les soldats de Constantinople sont exterminés en Istrie deux mois après. C'est alors que les effets de la présence d'excellents ministres aux postes-clés des pays héréditaires se font sentir, apportant un bol d'air bienvenu à l'Autriche (Evénement aléatoire : good government policies). En juin, l'Empereur a la joie de constater que la Bohême a enfin décidé de respecter ses engagements : une armée tchèque de 20 000 hommes a mis le siège devant Turin.
Le mois d'août 1463 voit l'Autriche marquer le pas. Tout d'abord, une ultime tentative de prendre Paris se solde par une défaite terrible : les forces autrichiennes du nord sont décimées et ne seront plus en mesure d'inquiéter la France au cours de cette guerre. Elles se replieront en Artois, hors de portée de leurs adversaires. A cela s'ajoute une nouvelle défaite devant Milan, où les forces autrichiennes sont repoussées par les assiégeants français. Enfin, une coûteuse défaite navale contre Byzance dans le golfe de Venise vient compléter ce sombre tableau. Malgré tout, Frédéric garde espoir en une guerre d'usure : certes ses troupes sont décimées, mais la France est épuisée par les guerres, ce qui n'est pas le cas de l'Autriche. En novembre, une première tentative française pour s'emparer de Baden échoue, les 17 000 mercenaires qui défendent la province depuis le début de la guerre ont pu tenir le choc. Frédéric III s'enhardit, son armée d'Italie, regroupée au Tyrol, a reçu de nouveaux éléments en particulier de la cavalerie, si efficace en plaine, et est de nouveau prête au combat. Il donne l'ordre de briser le siège de Milan, dont la situation est devenue critique. La bataille sera courte mais meurtrière : l'armée autrichienne est annihilée en décembre 1463. Les pertes infligées aux Français sont malgré tout importantes, mais malheureusement insuffisantes ; le siège de la ville lombarde continue.
Cette fois-ci Frédéric III se décide à prendre des mesures d'urgence : comme il va bientôt manquer de fonds pour lever de nouvelles troupes, il décide en janvier 1464 de prélever 20 000 florins chaque mois sur le budget consacré à l'investissment. Profitant de l'absence d'opposition autrichienne, la France met le siège devant Bern, force la Bohême a lever le siège de Turin en juin 1464. Enfin, en juillet, Milan tombe : la Lombardie est annexée. L'Autriche est désormais en première ligne contre la marée des troupes françaises et est condamnée à la passivité tant que ses forces ne seronbt pas reconstituées. Les côtes d'Istrie sont toujours défendues par la flotte de Trieste et le Tyrol doit aussi à tout prix être protégé. La tentative française de novembre 1464 sera un échec, ce qui permettra à l'armée impériale de venir remettre le siège devant Milan. Conscient de la difficulté de mettre à genoux les Autrichiens, les généraux français décident alors de se concentrer sur leurs alliés. Bern tombe en novembre, Baden et Zurich seront assiégées dès le moi de mai 1465. A noter que Louis XI, ne cachant plus sa mégalomanie, décide en avril de se proclamer "Défenseur de la foi catholique".
Les traités de paix
Cette accumulation de défaites entraîne le retrait de la Bohême de la guerre : elle signe une paix séparée en mai avec la France, celle-ci lui donnant 750 000 florins de dédommagement. Frédéric III est désormais seul, ses alliés sont à genoux. Il se décide à négocier avec la France. Exigeant d'abord une compensation financière, il voit ses demandes rejetées, même après la chute de Milan en juin 1465. En effet, les demandes autrichiennes sont exorbitantes : les forces françaises n'ont aucun mal à balayer les forces impériales en Lombardie au mois d'août. Milan devra subir un autre siège. Frédéric III propose une paix blanche, ce qui équivaut à accepter les annexions du Palatinat et de Milan par la France. Mais Louis XI refuse cet arrangement, il veut que l'Empereur reconnaisse symboliquement sa défaite. Une ultime bataille désespérée en Lombardie en décembre 1465 force Frédéric III à se plier aux conditions du Roi de France : il est de son devoir de suzerain de préserver ses deux alliés dont il n'est plus en mesure d'assurer la défense. En janvier 1466, le traité de Milan est signé. Les annexions françaises - Savoie, Piémont, Palatinat, Lombardie - sont confirmées et ces provinces sortent du Saint-Empire. Humiliation suprême, Frédéric III doit verser 250 000 florins à la couronne de France.
Le redressement de l'Autriche
Les premières mesures mettent la priorité sur le rembousement du prêt qui a été souscrit en 1460, au début de la guerre, et qui pèse lourdement sur le budget mensuel des pays héréditaires. Celui-ci a dû en effet être prolongé en 1465 et les taux d'intérêts sont devenus prohibitifs. L'armée est entièrement détruite et Frédric III décide de la ramner dès que possible à sa taille optimale, environ 17 000 hommes. Enfin, de nouveaux décrets sont signés juste après la paix : il s'agit de renforcer l'autorité du souverain et de gommer les particularismes locaux (Centralisation +1). En octobre 1466, la découvertes de nouveaux gisements d'or au Steirmark permettront de poursuivre l'effort d'épuration des finances des pays héréditaires. Le prêt sera remboursé en octobre 1470, marquant ainsi pour l'Autriche la véritable fin du conflit.
Le nouveau visage du Saint-Empire
La décennie voit principalement la montée en puissance du Brandebourg et le déclin relatif de la Saxe. Tout d'abord, en novembre 1456, le Danemark signe un traité afin de mettre fin au conflit désastreux qui l'a opposé à l'alliance polonaise. Le Brandebourg, vassal de la Pologne, dirige les négociations et se taille la part du lion : il ajoute non seulement le Holstein, mais aussi le Jutland à ses possessions, ce qui fait de lui une grande puissance régionale. La révolte du Holstein en 1465 sera matée mois de deux ans plus tard. Enfin, la révolte en juin 1470 de la Pomméranie, annexée au Royaume de Pologne, donnera au Brandebourg l'occasion de s'emparer de ce territoire aux dépends de son suzerain. La Pologne est d'ailleurs le théâtre d'une vague de révoltes sans précédent : le gouvernement est même renversé en août 1469, ce qui réjouit énormément Frédéric III : ce pays qui semblait si redoutable se révèle être un colosse aux pieds d'argile. L'Electeur de Brandebourg songe désormais à rompre le lien de vassalité qui le lit à un suzerain aussi faible que la Pologne. La Saxe, empêtrée dans les guerres contre la Bavière et depuis 1460, contre le Pape et ses alliés italiens, est contrainte de céder le Würtemberg et l'Anhalt en 1461 pour obtenir la paix avec l'Electeur bavarois. Heureusement, l'Anhalt lui reviendra en 1469 à la suite d'une révolte couronnée de succès. Mais la Saxe doit le même année prendre part à contre-coeur à un nouveau conflit : la Grande-Bretagne a en effet décidé de soutenir militairement la révolte du Finistère, qui était jusqu'en décembre 1468 occupé par la Suède. Cette dernière est membre de l'alliance bourguignone au même titre que la Saxe et celle-ci a plus que jamais besoin ddu soutien de ses alliés. La politique expansionniste de l'Electeur montre ses limites : cela l'oblige à être en guerre depuis plusieurs années maintenant ce qui évidemment indispose au plus haut point les provinces annexées. Le duché de Saxe est devenu une poudrière (War exhaustion = 14 !).