PROLOGUE
1066, Londres
Le nouveau roi d'Angleterre William 1er avait convoqué dans son château les meilleurs guerriers de sa glorieuse campagne. Tous le regardaient avec
admiration. Après tout, n'était-il pas le dernier à avoir pu conquérir cette maudite île? Philippe II, Napoléon et Hitler eux-mêmes s'y casseront les dents.

Si le maréchal Goering était là, lui aussi serait probablement en extase devant ce grand vainqueur, bien plus prestigieux que son
coquin de Führer... Bref, le ban et l'arrière ban de l'armée d'Hastings étaient suspendus aux lèvres du roi : c'était
Noël et les cadeaux territoriaux allaient tomber de la hotte de Grand Papa William!
Les hommes de William s'étaient couverts de gloire à Hastings grâce à lui et désormais leur destin et leur richesse lui étaient liés à jamais! Et ils savaient que ce destin c'était des terres, des femmes et du flouze. La belle vie pour trente générations!
S'éleva alors la
puissante voix du maître de cérémonie:
"Gloire à toi, ô puissant Roi, conquérant de l'impossible, vainqueur des barbares, régénérateur de l'Angleterre, notre maître à tous, William! Que ton règne soit propice et ta volonté faite sur ces terres! Que...
-ça va, on sait, abrège, on va pas en faire tout un fromage. Surtout s'il est anglais, le fromage!"
Dans l'hilarité générale, le maître de cérémonies se tut, légèrement rougissant.
"Bon, les enfants, je vous ai convoqué tous ici pour le partage. Autant vous dire que vu l'étendue des terres, il va y en avoir pour tous le monde. Et pas de la terrouille comme chez le cousin parigot, de la vraie belle terre, avec des femmes, du pinard et de la monnaie sonnante et trébuchante. D'abord, mon fils William, pour toi le duché de Normandie, j'en ai bien profité, tu vas voir c'est tip-top pour se faire la main, ensuite pour..."
Le partage dura une bonne heure, le nouveau monarque distribuant ici prébendes, là duchés et terres fertiles. Bref, le nouvel ordre normand se mettait en place avec célérité. Alors que tout était presque fini, le roi entendit des
gémissements féminins derrière une des grandes tentures du trône. Intrigué, il les écarta et le spectacle provoqua l'hilarité générale. Asclettin de Mauvoisin, un des moins brillants nobles de la campagne, honorait à sa manière une des dames de la nouvelle reine. A peine gêné par l'auguste regard de William, Asclettin cria:
"Ah les gars, me regardez pas comme ça, ça m'excite! Faut dire qu'elle est bien accueillante celle-là."
Dans le tumulte de rires gras qui s'élevait, une voix discordait, celle de l'évêque de la cour :
"Comment oses-tu, misérable, te montrer ainsi avec une dame qui n'est point ta femme! Repends toi!
- C'est toi qu'on va pendre et rependre le cureton, si tu fermes pas ton claquemerde, répondit
poétiquement le roi."
L'évêque outré

se retira en maudissant la cour entière. William se tourna alors vers Asclettin et lui dit:
" Bon mon gars, finis ton affaire vite fait et viens nous rejoindre au partage. Déjà qu'il reste plus grand chose, on va finir par t'envoyer dans un trou perdu rosser du saxon.
Et au fait, vu que t'étais pas marié, celle que tu tringles, maintenant c'est ta femme! Si tu avais prévu autre chose, ça t'apprendra à saloper mon château tout neuf!"
Quelle justice dans la geste Williamienne! C'était admirable!
Asclettin acheva bien vite sa besogne pour se joindre au collège des vainqueurs.
"Bon, Asclettin, deux solutions, où tu restes à la Kommandantur pour pill... administrer le pays, où je t'envoie dans un trou perdu de l'ouest, à Sameset.
- Que messire William puissant Roi, conquérant de l'impossible, vainqueur des barbares, régénérateur de l'Angleterre, notre maître à tous, me pardonne, hurla le maître de cérémonies, mais c'est de Somerset dont notre puissant Roi, conquérant de l'impossible, vainqueur des barbares, régénérateur de l'Angleterre, notre maître à tous parle!
- Ouais, c'est pas la peine de hurler, on t'entend pauvre buse. Et pis arrête de m'appeler maître de ceci, conquérant de cela, appelle moi sire, ça suffira! Que ça s'appelle Samarset, ou Somerdeset, on s'en fout, toute façon j'ai décidé, mon gars, c'est chez toi! Bon vent!"
Bref, Asclettin, pour un malheureux retard lors du partage de la conquête, se retrouvait avec une femme qu'il n'avait pas vraiment choisi et un comté à 2 £... Pas de quoi pavoiser devant les nouveaux Ducs que comptait le pays. D'un autre côté, le gars Asclettin n'avait pas particulièrement brillé durant les batailles.
Il avait plutôt conquis des saxonnes que des saxons. Et son penchant pour les affaires charnelles l'envoyait dans ce comté misérable, dans un
minable castel de 4e catégorie.

Néanmoins, il se consolait en se disant qu'il y aurait peut-être de la
belette à honorer! Après tout, la guerre et le pognon, c'est pour les branques, lui son truc, c'était les poulettes, les gonzes, les meufs quoi! Et à Somerset, il trouverait peut-être son bonheur.
Asclettin de Mauvoisin était né en 1039 et avait 27 ans au moment de la conquête. On ne sait rien de ses parents, sinon que sa mère le fit avec un voisin (d'où le voisin) et qu'il grandit à la cour du Duc de Normandie William. Enfance paisible que vinrent à peine troubler les diverses aventures avec des paysannes rouennaises. A 11 ans déjà, il abusa de la fille du Père Mathieu, qui fut pendu pour s'en être plaint. En effet, William s'était pris d'affection pour ce petit Asclettin (on dit aussi qu'Asclettin disposait de moyens de pression, le roi se fiant à lui pour se fournir de jolies normandes...). William lui fit prendre une éducation théologique et, ma foi, Asclettin ne s'y montra pas plus idiot qu'un autre. Cela lui permit de parfaire ses connaissances gynécologiques, puisque les prêtres qui l'entouraient, lorsqu'ils n'étaient pas de la jaquette, ne se refusaient pas à soulever leur robe de concert avec une accorte normande. Après cela, il intégra l'escorte de William qui lui promit des terres dès qu'il aurait agrandi le terrain. Durant la grande campagne, il brilla à ... à ..., bref il brilla dans la conquête des coeurs et des entrecuisses saxons. On ne le vit pas beaucoup fendre du saxon, mais cela n'altéra pas l'amitié que lui portait le roi. Le voilà Comte de Somerset!
Asclettin jeta un coup d'oeil sur la carte de William pour voir que son beau comté était vraiment un
misérable bouge, loin des nuits Londoniennes et de Soho. Désappointé

par un tel constat, le Comte n'en préparait pas moins son voyage.